Tout n’est pas encore joué.

Je mesure le chemin parcouru. Et, oui, je vais de l’avant. La progression me paraît bien plus aisée depuis quelque temps. Mais je dois admettre qu’elle est encore bien chaotique. Je me sens globalement mieux. Plus calme. Plus constant. Plus aux commandes, peut-être. Plus vigilant, surtout. Est-ce que je vais arriver à développer ce même sens de l’anticipation que celui qui me protège désormais de ces violents épisodes de migraines ? Est-ce que, peu à peu, je collecte les indices qui me permettraient de voir venir ces périodes d’instabilité ? D’identifier et de distinguer l’aura qui les précède ? Je n’en suis pas encore certain. Je commence juste à devenir un peu plus optimiste. Je crois bien avoir ressenti l’arrivée de celle dont je sors difficilement ce soir. Les premiers frémissements, je les ai perçus dès dimanche soir. Si je n’ai pas pu éviter totalement la zone de turbulences, j’ai su en repousser l’entrée, je savais qu’il allait falloir que je me cramponne à la barre. Humeur oscillante frénétique. Calme, euphorie, mélancolie, colère et rage. Les titres de ma playlist du jour. En boucle. Ordre aléatoire. Un beau merdier. Mais partiellement anticipé, pour une fois. Il n’y a pas suffisamment pour célébrer. Mais c’est tout de même une petite victoire.

Le tableau tend à se compléter.

Ça, par contre, je ne l’ai pas vu arriver. Pas plus que je ne le cherchais consciemment. À ranger dans le rayon des « accidents heureux ». Oxymoron à la con. Optons plutôt pour « Coïncidences » heureuses. Ça sonne mieux. Ça sonne positif. Un peu de positif, c’est bien aussi, j’admets. D’ailleurs, je commence même à y prendre goût. Ce n’est pas encore une réponse mais une très bonne piste. De toute manière, pour qu’il puisse un jour y avoir réponse, je devrais au préalable être en mesure de formuler la question.

L’imperfection. Sur le plan iconographique, le wabi-sabi est souvent représenté par le processus d’entropie de la nature rendu visible. L’entropie précipite le chaos et l’imprévisibilité, produisant la diversité et l’intérêt. « Irrégularité » serait probablement un mot plus adapté, mais « imperfection » a une plus grande résonance. L’imperfection implique également une « condition spirituelle ». Si les circonstances sont favorables, les choses marquées du sceau de l’imperfection peuvent susciter un sentiment d’empathie. C’est ce lien d’empathie entre les objets et ceux qui les regardent qu’ont idéalisé les maîtres de l’époque du thé wabi.

Leonard Koren - « Wabi-sabi : pour aller plus loin »