#1. Esprit de Noël

Alors que janvier touche déjà à sa fin, que - comme à l’accoutumée - je n’ai toujours pas envoyé mes vœux à bon nombre de personnes, je pense toujours à cette impression étrange qui m’a accompagné pendant la période des fêtes : qu’est-il donc arrivé à l’esprit de Noël ? Oh, je ne suis pas un fervent adepte des célébrations traditionnelles, c’est indiscutable. Mais j’ai toujours ressenti une ambiance particulière durant cette période. Sauf cette année, où les impressions étaient tout autres. Je ne sais pas trop en quoi ça tient. L’absence de neige fait partie des candidats potentiels à une explication possible. Sans doute. Mais cela fait déjà quelques hivers que nous passons à côté de ce fameux Noël blanc. Alors, quoi ?

Peut-être y avait-il beaucoup trop de jaune fluo dans les esprits, dans les médias, dans les conversations. Trop de gesticulations et de brouhahas pour qu’un quelconque esprit ne puisse s’installer. Esprit de révolte compris. Les quelques marchés de Noël, par ici, étaient dépourvus de magie ou de chaleur. De simples alignements de stands où étaient étalés et vendus pêle-mêle des bibelots, des spiritueux et des sucreries ou des gadgets qui tenaient plus d’un surplus du Concours Lépine que de l’artisanat local ou régional. Tout ce beau monde parqué dans un espace semi-clos et grillagé. C’est sans doute ça, d’ailleurs, qui m’aura le plus choqué. Bien sûr, on me dira que c’était compréhensible suite aux tristes événements qui s’étaient produits quelques jours plus tôt au marché de Noël de Strasbourg.

Mais, désolé, je n’arrive pas à considérer cela comme une excuse valable.
Qu’importe, finalement.

#2. Retrouvailles

Toujours est-il que, ce dernier samedi de décembre avant Noël, je me retrouvais en centre-ville, frustré. Frustré de m’être cogné le nez à la porte du revendeur Apple du coin, chez lequel j’espérais profiter des derniers jours du programme de remplacement de batterie de mon vieil iPhone. Frustré d’assister à ce triste spectacle d’un alignement de cahutes en bois mais sans âme ni chaleur, alors que j’ai pensé y trouver là un parfait terrain de chasse pour quelques photos d’instants volés. Je venais juste, la veille, de remettre la main sur ce cher bon vieux Nikon, après en avoir été séparé pendant presque trois mois. Autant dire une éternité. J’en avais presque oublié son volume, son poids, et cette relation fusionnelle qui s’instaure dès que ma main saisit le grip de l’engin.

Après une aussi longue séparation, je ne pouvais pas me résigner à rentrer bredouille, la carte mémoire vide, simplement parce qu’une hypothétique magie festive n’avait pas été pas au rendez-vous. Je crois m’être senti un peu abattu, perdu dans un moment de flottement, à deux doigts de me laisser submerger par une humeur excessivement maussade pour si peu. Ce sont quelques mots reçus dans un hangout, à ce moment-là, qui m’ont remis en marche. Quelques mots et un lien Spotify. De quoi installer la musique qui me faisait alors défaut entre les oreilles. Et me donner l’envie de flâner. De tout simplement flâner. J’ai donc décidé de rentrer dans mon chez-moi douillet en empruntant les sentiers détournés, dans le léger froid gris blanc de la fin d’après-midi.

Le reflex rangé bien au chaud dans son sac à dos, c’est d’un pas rêveur et avec un regard détaché et vagabond que j’ai entrepris ce chemin. Pas d’itinéraire précis. Juste une direction, un cap. Pas d’intention. Juste une divagation, une demi-absence de la conscience. Marcher. Marcher et regarder tout autour. Trouver que cette lumière blanche, crue et voilée aplatit tristement les couleurs, les rend toutes plus fades les unes que les autres. À part, évidemment, ce jaune fluo criard et vulgaire. Fort heureusement, je n’ai pas eu trop à le subir. Quelques touches par-ci, par-là, le temps de m’extraire du quartier de la préfecture. Quelques taches, encore, lorsque je débouchai aux abords du parc Mistral. Mais cela ne me perturbait plus : par un heureux hasard, celui d’un contraste lumineux inattendu juste avant de sortir du centre, mon imaginaire avait basculé en noir et blanc. Et la fusion entre ma main et le Nikon s’était alors opérée.

Tout était en train de m’apparaître plus beau, plus calme, qu’auparavant. Mon rythme de marche avait ralenti. Mon flot de pensées, aussi. L’attention était enfin de retour. Celle qui me fait trouver de la beauté dans un morceau de béton, de la compassion dans une bouche d’égout, de la danse dans les trajectoires des automobiles sur ces grands boulevards. De la poésie dans la fureur à peine contenue de la ville et de mes contemporains. Ralentir le pas. S’arrêter. Respirer. Contempler. Viser. Capturer. Respirer à nouveau. Contempler encore. Repartir. Puis recommencer. Un peu plus loin, un peu plus tard. Seul dans un monde si encombré. Un parmi tant d’autres. Dans des dimensions étrangères mais superposées. L’œil commandant la marche, la marche commandant l’œil, l’œil commandant le doigt sur le déclencheur. J’ai louvoyé ainsi jusqu’à être pris par une violente douleur au nerf sciatique. La marche devenant pénible, j’ai alors remarqué que la mâchoire du froid me broyait la main depuis un bon moment déjà. Il était temps de rentrer.

La carte mémoire n’était plus vide. J’étais soulagé. Rassuré.
L'ami Nikon et moi, nous avions su nous retrouver.
Paisiblement.

#3. Du noir et blanc, avec des gens dedans

Les fêtes de fin d’année auront donc marqué mon retour plus assidu à la photographie. Dans les faits, les premières démangeaisons étaient déjà apparues dès début décembre. C’était alors sur les épaules du petit Nex que reposait la responsabilité de retrouver le plaisir de prendre des clichés. Ma relation à cet appareil est totalement différente, l’absence d’un viseur m’empêchant de m’isoler du réel, comme je peux tant aimer cette fausse fuite et le confort qu’elle me procure dans un instant minuscule. Mais le besoin d’avoir un piège à étrangetés à portée de mains suffit souvent à passer outre ce manque de familiarité. J’ai depuis longtemps accepté que les photos prises avec le Nex ne raconteront jamais les mêmes histoires que celles prises avec le Nikon. Qu’elles ne captureront jamais les mêmes sensations ou, dans tous les cas, ne seront jamais en mesure de me les restituer de la même manière. En y réfléchissant bien, si je me rappelle convenablement de mon état d’esprit des premiers temps avec le Nex - il y a quelques années de cela maintenant -, ça ne devait pas être très éloigné des fameuses étapes du deuil. À chaque fois que je passe du Nikon au Nex, toutes ces étapes sont à franchir. Je le fais seulement en quelques minutes, désormais. Mais je semble condamné à ce deuil récurrent.

J’ai donc repris l’habitude de glisser le petit Sony dans mes sacs ou mes poches de veste, lors de mes quelques déplacements professionnels également. Ayant troqué le 18-55 pour le pancake 16 mm, j’ai trouvé un nouveau plaisir dans les photos volées à la volée. Grand bien m’en a pris. Je me souviens de la Gare de Lyon déserte, ce dimanche soir là, donnant une impression irréelle à l’ensemble. Rendant également ce déplacement bien plus agréable et riche que ces prédécesseurs. Au retour, je m’étais surpris à appliquer un double traitement sur une sélection de cette série de clichés : l’une, particulièrement habituelle, destinée à saturer les couleurs et les lumières, l’autre à passer tout cela en noir et blanc, tout en y injectant du grain au passage. Allons bon ! Mais qu’est-ce que c’est que cette lubie ? Prenant le temps de voir cette sélection avec un autre œil, j’ai découvert que ces photos contenaient des personnes. Très souvent. Bien plus souvent que je ne le cherche en temps normal. La séance des retrouvailles avec l’ami Nikon s’est terminée, elle aussi, par un traitement en noir et blanc. Exclusif, cette fois. Là encore, beaucoup de personnes dans ces quelques photos. Aussi idiot que cela puisse sembler, ce constat m’a un peu déstabilisé et conduit à m’interroger sur ma condition actuelle.

Évidemment qu’il m’arrive régulièrement de prendre des photos de personnes, traitées ensuite en noir et blanc. Mais il s’agit exclusivement de gens proches. Et dans une démarche volontaire qui tient du tirage de portraits. Le reste du temps, j’évite de contaminer mes captures par de l’humain. Le reste du temps, dans mes images, je chasse ce satané intrus de Sapiens de mon cadre. Il me bouffe déjà suffisamment la vie pour ne pas, en plus, venir me pourrir l’imaginaire. Serait-ce alors ma plus grande liberté à pouvoir être seulement seul qui me permettrait de mieux tolérer l’autre, en guise de dommage collatéral ? Au point de lui laisser une place dans un univers d’où il était volontairement exclu jusqu’alors ? Je n’ai pas fini de méditer là-dessus, croyez-moi. Quant au traitement noir et blanc, l’envie de grain, je vois ces manifestations comme autant d’indices que je suis peut-être enfin prêt à envisager l’argentique et le développement maison des films. Mais ne nous emballons pas : envisager est une chose, franchir le pas en est une autre. Et je doute que cela se fera cette année. Simplement, cette idée s’installe tranquillement. Suffisamment, en tout cas, pour que je commence à me renseigner et à glaner quelques pistes.

Et si c’était ma petite révolution de l’année prochaine ?
Allez savoir…

#4. Asphyxie et surchauffe

Alors que janvier touche déjà à sa fin, que - comme à l’accoutumée - je n’ai toujours pas envoyé mes vœux à bon nombre de personnes, j’ai l’impression que cette nouvelle année n’a véritablement commencé pour moi que depuis mercredi dernier, aux alentours de midi. La seconde moitié de l’année dernière m’a paru n’être qu’une longue semaine de travail sans fin. À bloc. La tête dans le guidon. Jambes et poumons en feu. Ou, pour être plus juste, les circuits en surchauffe, les nerfs en pelote et les neurones en manque d’oxygène. Ces premiers « vrais » congés d’été étaient arrivés à point nommé. Avoir su en profiter comme il se doit m’apparaît aujourd’hui comme une idée salvatrice, tant je me demande comment j’ai réussi à survivre aux mois qui ont suivi. Je ne suis pas spécialement du genre à me plaindre. Je râle souvent, OK. Tout le monde le sait et je le revendique. Mais ce n’est pas la même chose. J’ai coutume de ne pas être avare en coups de collier. C’est d’ailleurs devenu une sale et malsaine habitude, dans cette boîte, que d’y être régulièrement contraint. Nous sommes plusieurs à nous être rendus complices de ce mode de fonctionnement, soyons francs. À ne jamais nous plaindre, nous avons contribué à institutionnaliser une charge de travail anormalement exagérée. Il était donc logique que, en guise de récompense, le boomerang nous revienne copieusement dans la gueule.

Pour la première fois, je me suis senti atteindre mon point de rupture. Contre toute attente, c’est un éclair de lucidité qui m’a frappé à ce moment-là. Juste ce qu’il fallait pour constater que mon plus proche collègue avait également déjà atteint le sien, de point de rupture, l’avait peut-être même franchi et s’engageait déjà dans une dangereuse descente. Juste ce qu’il fallait pour étouffer ce bâtard d’orgueil qui ne voulait toujours pas cesser de répéter « Allons… Tu sais bien que tu peux le faire. Que tu vas y arriver. Tu ne vas pas te mettre à pleurnicher, si ? ». Juste ce qu’il fallait pour débarquer comme un diable dans le bureau de la direction et lancer un « Stop ! Maintenant ! » avec suffisamment de vigueur pour que l’urgence soit pleinement mesurée, mais aussi suffisamment de calme pour ne pas risquer de déclencher un conflit inutile qui n’aurait fait qu’aggraver les choses. Depuis, la situation s’arrange. Lentement. Très lentement. On ne peut pas sauter brutalement sur les freins à une telle allure sans risquer de provoquer une grosse casse, voire un accident tragique. Nous ne travaillerons jamais sans pression, dans cette société. Nous sommes plusieurs à nous être fait une raison et accepter cet état de fait tant bien que mal. Mais nous savons désormais que c’est à nous de veiller à ce que cette tension reste humainement tolérable et que, si elle doit être régulière, elle ne doit surtout pas devenir constante pour autant.

Depuis quelques semaines, donc, nous parvenons à boucler des dossiers avant que d’autres ne nous ensevelissent. Nous sommes à nouveau en mesure de déployer des correctifs ou de nouvelles mesures préventives dans un environnement de production toujours plus sollicité, toujours plus sensible. Pour ma part, je réalise combien mon quotidien personnel a souffert de cette période. Combien j’ai négligé mes proches, mes propres tâches administratives et de gestion, ma santé, etc. Je ne peux m’empêcher de penser à ces témoignages de burn-out. Je ne peux m’empêcher de me réjouir d’y avoir très certainement échappé de peu. Et je me demande, parfois avec effroi, comment il est possible de se reconstruire une fois que l’implosion s’est produite.

#5. (Méta)Projet au long cours

Aux tout premiers jours de cette année, une évidence s’est imposée à moi. Elle a pris la forme d’un projet d’aménagement intérieur. Je n’en suis plus à une surprise près depuis que j’ai décidé de prendre un peu plus ma vie en main. Il est toujours question de ces quelques murs vides qui peuplent mon appartement. Après une sélection complémentaire de photos à tirer et à encadrer faite courant octobre et novembre, je n’avais pas plus avancé sur ce sujet. Quelque chose coinçait. Je voulais les visages de mes proches, de ma tribu. Je voulais également d’autres photos qui ont une signification encore différente, mais tout aussi forte, pour moi. J’envisageais alors de dessiner quelques grands thèmes, de procéder à une sélection de tirages pour chacun d’eux, ensuite de décider de la pièce qui recevrait quoi. Malgré cela, ce petit élan neuf, au final, j’en arrivais toujours au même point. Quelque chose coinçait. Au milieu de ce travail de tri et de sélection, il m’est arrivé de partager quelques photos au cours de nos discussions avec une amie, produisant alors un tir nourri de questions et de réactions. Sans l’avoir vu venir, j’en étais arrivé à procéder à une forme d’analyse pour chaque photo partagée. Ce qu’elle m’évoquait, pourquoi elle m’évoquait ça, pourquoi celle-ci plus qu’une autre de la même série, quel était mon lien avec la personne représentée - alors et aujourd’hui -, quelle était l’histoire autour de la photo en elle-même mais aussi de la relation qu’elle matérialisait.

Bref, d’être confronté aux interrogations de ce regard extérieur m’invitait à préciser le mien pour être précis dans mes réponses. L’échange avait ainsi tourné au jeu exercice et ce qui en ressortait s’est vite avéré précieux en enseignements et en perception des sentiments. Ces photos qui avaient alors déjà un sens pour moi, en revêtaient soudainement de multiples autres, tout aussi importants et profonds, que ma nature détachée m’avait conduit à occulter, voire à totalement louper. Comme de bien entendu, tout cela a fini de décanter tranquillement en arrière-plan les jours qui ont suivi. C’est donc dans ces conditions que les pièces du puzzle se sont emboîtées d’elles-mêmes. L’idée dudit projet venait de faire surface. Absolument pas originale pour un rond. Mais prenant ses racines si profondément dans un terreau tenant de l’intime qu’il m’était impossible de l’ignorer ou de la minimiser. Ce n’est qu’une histoire de mur de cadres. Un seul mur. LE mur. Celui que j’avais décidé de laisser à jamais intégralement blanc et vide, depuis mon emménagement. Le seul en un seul pan et sans excroissance de type radiateur. Le seul qui puisse être embrassé entièrement du regard, avec suffisamment de recul. Inconsciemment, je m’étais dès le départ réservé la plus grande et belle feuille blanche à ma disposition pour un projet que je n’aurais même jamais soupçonné à l’époque. Peut-être même que l’évocation d’une telle idée m’aurait fait rire et me moquer. Ben tiens, couillon ! On n’est pas bien, là, le nez dans son caca ?

Prise comme un simple projet déco, l’idée ne vaut pas grand-chose. En tout cas, elle ne justifie pas mon emballement présent. L’aspect déco n’est évidemment qu’une excuse. Une excuse pour me remémorer, prendre du recul sur et consigner des événements de ma vie, me remettre sous les yeux les visages de ceux qui ont compté un jour, de ceux qui comptent aujourd’hui et ceux qui risquent bien de compter demain encore. Pour cela, j’aurai également besoin d’écrire. De l’analytique, du factuel, évidemment. Mais du sentimental et du charnel, surtout. J’ai déjà remarqué que des visages manquaient à ma collection actuelle. Des visages qui devraient être là. Parmi eux, certains ne pourront plus être capturés, il est trop tard. Il faudra faire un effort de mémoire particulier pour ceux-là. Et c’est l’occasion d’en prendre pleinement conscience. Les autres, il me faudra aller les chercher. Il me faudra reprendre contact. Comprendre pourquoi celui-ci a été perdu, au fait. Qu’est-il arrivé ? Que n’avons-nous pas su faire ou nous dire pour le maintenir alors que la pensée est toujours présente ? Tout cela sera également la source d’une multitude d’histoires à raconter ou à conter. Car, oui, les histoires d’amitiés devraient également avoir droit à leur « Il était une fois ». Et Fuck Disney !

Assez peu de tout ce que cela va m’amener à produire sera visible en ligne ici. Et pourtant, je pressens qu’il y aura un véritable pont entre mon foyer numérique et mon foyer dans la « vraie vie ». Je ne sais tout simplement pas encore quelle(s) forme(s) exacte(s) cette continuité, ce passage, prendra. Pas plus que je ne sais quand cela se matérialisera. Cerise sur le gâteau, dans l’envie, ce projet n’aurait qu’une date de fin possible : la mienne. Chaque année apporterait son lot de modifications, d’altérations, de compléments. Et toujours un délai de 365 jours entre chacune des itérations.

Allez. Chiche.
Je le tente !

#6. Des fragments, encore des fragments

Alors que janvier touche à peine à sa fin, que - comme à l’accoutumée - je n’ai toujours pas envoyé mes vœux à bon nombre de personnes, je ponds déjà un billet « Fragments » sur ce blog. On pourrait facilement pointer du doigt une tendance à la facilité que me procure ce format : pouvoir lâcher de simples embryons de textes, des anecdotes sans grande importance, des pensées vagues et des réflexions inachevées. Et pourtant. Ça ne m’est pas si aisé d’étaler de la sorte ces morceaux bancals. Mais ça m’est terriblement utile, je m’en rends compte édition après édition. Chacun est une compilation d’instantanés de travaux en cours, de points de parcours de quêtes personnelles parallèles, parfois bien distinctes, parfois complémentaires. Chaque fragment pourrait faire l’objet d’un billet à part entière. Mais il faudrait pour cela que j’éprouve le sentiment d’avoir fait le tour principal du sujet. Or, ce n’est que rarement le cas.

Et puis, chaque nouvelle compilation semble prendre de l’embonpoint par rapport à la précédente. Je ne peux m’empêcher de considérer cela comme un bon signe pour ma suite : j’ai encore pas mal de grain à moudre, il va me falloir un peu plus de temps. Comme si je me construisais une excuse déguisée pour justifier de vouloir passer encore quelques années ici-bas. Allez donc savoir. Il ne faut pas non plus rattacher les billets « Fragments » aux années civiles. Ils ont leur temps propre. Par exemple, 102 jours séparent celui-ci de son prédécesseur. Une fréquence qui tendrait vers le trimestre, mais il me faudra le vérifier à l’avenir. D’accidents, d’alibis, ces compilations sont devenues un rituel. Une dépose de jalons dans une construction personnelle, dans un réapprentissage de la vie. Une entrée supplémentaire dans un journal, documentant une ontogenèse parmi tant d’autres.