À cette énième semaine de stress n’aura donc succédé qu’une journée de spleen.

Réveillé bien trop tard, alarme matinale totalement occultée au point où mes oreilles y sont restées sourdes. Une journée léthargique. Presque tragique, tant je l’ai gaspillée dans une absence complète d’activités réconfortantes. Je n’ai fait que perdre des tranches de temps. Qu’accumuler des instants de sursaut où je réalisais subitement les heures qui venaient de s’écouler hors de moi, de ma conscience et de ma volonté. Ce n’est pas la culpabilité de n’avoir rien fait qui m’a le plus miné mais bien de n’avoir pas su apprécier cette nonchalance. De ne pas avoir su faire ce que je me suis senti empêché de réaliser toute cette semaine passée, tout en n’étant pas capable de goûter à cette paresse mécanique qui a été mienne depuis mon lever. De ne pas avoir réussi à identifier plus tôt la présence de ce voile de tension qui tapissait encore mon esprit. Je me suis donc traîné avec le sentiment d’incidents à venir, de promesses de complications futures, le tout bien entendu hypothétique et hors de mon contrôle. Un petit nuage noir que j’ai tenu bien en laisse, suffisamment court, pour qu’il gâche toute chance d’illumination dans cette journée grise et légèrement pluvieuse, ancré juste au-dessus de ma tête et de ses idées encombrées et embrumées. Il m’arrive parfois de penser que pour trouver mon pire ennemi, il me suffit de me regarder dans un miroir. C’est oublier qu’il ne me faut que fermer les yeux pour le savoir là. Je me dis que c’est dû à la saison, au manque de soleil, au cycle de la Lune.

Je me raccroche à toute excuse qui veut bien se présenter. Du moment qu’elle m’offre l’illusion que je ne suis pour rien de mon propre état. J’ai donc encore ce besoin mesquin de me raconter des histoires, de m’épargner mon propre jugement pourtant plus tolérant de jour en jour. Il me manque encore des clés. Des détails du plan de ce labyrinthe intérieur où il m’arrive encore de m’égarer. Je n’ai pas fini de faire tous les placards. De débusquer tous les cadavres de mon for intérieur et de brûler leurs ossements pour faire disparaître leurs fantômes. Ma noirceur et mes démons me hantent encore trop souvent. Ils m’envahissent toujours dans ces moments entre deux eaux. Maintenant, je le sais. Je dois encore apprendre à m’en prémunir avant de me faire piéger. Ces ombres ne me quitteront jamais. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’elles sont partie intégrante de qui je suis. Puisque je les nourris même les jours de rires, sans même m’en rendre compte. Il suffirait que je les tienne en place. À leur juste place. Et ne plus les laisser me surprendre alors que je les sais présentes. Je ne suis pas encore prêt à me laisser engloutir. Et je n’ai plus vraiment envie d’abandonner, là où j’en suis. Je suis ce type sans parapluie, planté au croisement de deux grands boulevards, sous une pluie torrentielle et qui ne bouge pas. Libre d’aller où il le souhaite, aussi vite qu’il le souhaite. Mais qui reste figé. Détrempé. Tête baissée. À contempler le reflet de son ombre frappée par les gouttes. À chaque impact, lui dit-il « Tiens ! Prends ça ! » ? Ou ironise-t-il sur son propre sort ? À grand renfort de clichés. De scènes préconçues et élimées. À grands coups de phrases creuses à tendance mélo de pacotille comme celles que je laisse depuis quelques minutes.

Il y a ces destinations improbables au détour d'un virage
Un peu comme si l'on avait franchi une porte entre deux dimensions
Glissant du réel aux limbes

Les murs sont encore là
Mais doucement ils s'effacent
Les passants peuvent encore les apercevoir
Mais ils ne les regardent plus

Plus tout à fait présents
Déjà engloutis par l'oubli

« 980 Limbo Street »

L’abîme dans une flaque d’eau.
La noyade dans un verre.

Décidément, je l’aurai savamment gâchée, cette putain de journée…