Pluie. Pas du crachin, quelques gouttelettes éparses tout au plus, il y a une heure de cela. Un torrent de larmes, maintenant, qui s'abat dans un brouhaha de percussions sur les larges feuilles couleur d'automne des platanes. Faisant choir les plus fragiles, rebondissant sur les plus vigoureuses. Novembre. Quoi de plus normal, dès lors, que cette humidité grise. La douceur de l'air me surprend, elle, par contre. Une température inhabituelle, pour une telle journée pluvieuse de novembre. Un nouveau standard qui s'installe, semble-t-il. Un cadeau empoisonné de l'Homme à l'Homme. Oui, c'est bientôt Noël. Brioche. Une tranche de brioche, une banane, deux clémentines et un café. À l'heure du déjeuner. Pas le petit, l'autre. Je n'avalerai rien de plus consistant. Pas l'envie. Pas le besoin. Je souhaite entretenir encore l'illusion d'une grasse matinée douillette. Ça n'a pas été le cas, mais l'intention était bien là. Cajolons la donc. Papier. Que de papier. À trier, à classer, à traiter, à ranger, à déchiqueter, à oublier. Tant de traces d'un passé pas tout à fait révolu, d'un présent un peu compliqué et d'un avenir incertain, flou, encore à dessiner, à défaut de le bâtir. Masque. Une petite histoire de masque, picorée dans "Les récits de la paume de la main", touchante, troublante tant elle résonne entre les parois de mon crâne. Dans un recoin de ce crâne, d'ailleurs, je me pose une note "penser à récupérer le masque de Guy Fawkes, aujourd'hui". Ce visage familier ne m'a toujours pas accompagné dans mon embryon de nouvelle vie. Tiens. C'est vrai. Novembre, également. Mais c'est déjà passé. Corde. Celle sur laquelle j'ai bien trop tiré cette semaine, je dois l'avouer. J'ai survécu. Sans craquer. Sans chercher à faire de nœud et de m'y balancer, nuque brisée. Une petite satisfaction personnelle, au final. Une sérieuse délivrance lorsque j'y pense maintenant. Un "ça, c'est fait" qui est le bienvenu. Passons à la suite, désormais. Lien. En parlant de corde, sans doute, non ? Non. Du lien qui ouvre, du lien qui libère et qui réchauffe, en fait. Un lien souple, avec une vie en propre, une évolution qui ne demande ni explication, ni analyse. "Bonjour, toi, là-bas. Mon amie de l'autre côté de la petite fenêtre". Mots. Des mots qui viennent en vrac. Qui viennent sans cesse, sans sens. Je les prends comme ils arrivent, aujourd'hui. Apprivoiser n'équivaut pas à domestiquer, je crois. Je n'en sais plus rien, finalement. Il faudrait que je prenne le temps de vérifier, un jour. Tourner une fois de plus les pages des dictionnaires. Pensée. Elle est bien confuse, ma pensée, en ce moment. Les résidus de trop de choses à régler, à gérer, à ingérer, vraisemblablement. La pensée, c'est comme le papier d'il y a quelques instants : à trier, à classer, etc. En voilà du vrac, dis donc, pour ce matin. Quel esprit éparpillé et brouillon. Faisons un beau tas de tout ça. Appliquons-nous à lui offrir de beaux bords réguliers et tassons un peu le tout. Et laissons ça là, ce monobloc.