#1. Bidouilles et embrouilles

Dans un sursaut de courage, il y a un peu plus d’un mois de cela, après avoir longtemps traîné des pieds, je me suis lancé dans la montée en version de l’ensemble des composants que j’utilise pour la motorisation de ce lieu. Le plus gros morceau de l’affaire me semblait alors être le passage à Python 3.x, moi qui persistais encore à rester scotché à cette chère vieille branche 2.7.x. Finalement, ça n’a pas été si douloureux que ça, mais j’avais sous-estimé les tâches de mises à niveau du schéma de base de données qui allaient suivre. Là, encore, ça n’a été qu’une question de courage, de patience et d’application. Pas la mer à boire. Un (gros) après-midi consacré à ce lot et, hop, c’était fait. Satisfait du résultat et tout auréolé de cette petite gloriole, j’envisageais alors de basculer ce travail en production dans la foulée. Et c’est là que tout s’est compliqué. Forcément…

Quelque part dans le courant de l’année dernière (voire plus), j’avais eu des velléités d’évolution du côté de Python. Histoire de me forcer un peu la main. Et je n’avais rien trouvé de mieux que d’installer une version 3.6.x - un peu trop fraîche - à la mimine, puisque ma distribution ne fournissait aucun package précompilé à l’époque. J’avais totalement oublié ce détail lorsque j’ai procédé à la mise à jour de mon système tout début septembre. Et rien ne laissait croire que ma petite expérimentation passée mettait une douille terrible au lieu de l’environnement Python 3.6.x, tout beau et bien poli, installé cette fois par la distribution système. Pourtant, le constat s’est vite imposé de lui-même : je m’étais tiré une balle dans le pied. Tendance gros calibre. Il ne me restait plus qu’à faire correctement le ménage là-dedans. Réinstaller le système en repartant de zéro m’a tout de suite paru être la meilleure piste. Car, oui, j’avais fait d’autres expériences malheureuses sur ce serveur et je risquais bien de régulièrement en payer le prix. Comme cela allait représenter trop de temps dans mon planning du moment, tout était resté en plan.

C’est un e-mail de mon hébergeur qui m’a filé le bon coup de pied au cul qui me manquait : ledit serveur allait voir son loyer augmenter à compter du 1er novembre. Un comble pour un serveur vieillissant, de mon point de vue. Alors j’ai envisagé de changer de crémerie. Finalement, ce n’est que d’offre que j’ai changée et je ne pense pas être perdant dans l’affaire. Me retrouvant avec un serveur neuf et vierge, je me suis donc attelé à faire une installation propre et à prendre le temps de déménager que ce qui méritait de l’être depuis l’ancien, tout en révisant et documentant les différents lots.

J’ai - à peu près - terminé hier soir. Il ne me reste plus que la procédure de renouvellement automatique des certificats Let's Encrypt à revoir (puisque j’ai mis la main récemment sur des certificats « wildcard » qu’il faut que je prenne désormais en compte). Ces lignes sont donc publiées sur la dernière version stable de Wagtail, reposant elle-même sur la dernière version stable de Django, etc. Et tout est propre et bien serré, ça ronronne. Ont également fait partie du voyage, une installation Dotclear - à laquelle je tiens particulièrement - et mon instance Mastodon.

Ce qui m’offre l’occasion de la transition…

#2. So Long, and Thanks for All the Fish

Cela fait sans doute des années que je tergiverse - en long, en large et en travers - au sujet de quitter Twitter ou non. Et puis, début septembre, cela m’est apparu évident. J’ai donc annoncé que j’allais fermer mon compte au 30 septembre. Mais je n’ai pas vraiment tenu parole : la fermeture est intervenue le 29. Donc, ça, c’est fait. Bye, bye, Twitter. Si je le fais sans remords ni regrets, cela ne veut pas dire que je n’y ai pas passé de bons moments ou trouvé régulièrement quelconques intérêts. Mais une fois tout posé sur la balance, le négatif pesait désormais plus lourd que les bons côtés. Dès lors, les dés étaient jetés et cliquer sur le bouton « fermer mon compte » n’était plus qu’une formalité.

Je ne compte pas faire une tartine sur ce sujet aujourd’hui. Ça tient vraiment de l’anecdote. Peut-être reviendrai-je là-dessus ultérieurement, histoire de m’épancher sur mes motivations profondes. On verra. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas fait ce choix par rapport à mes données personnelles (même si cela a compté) mais plus pour des questions de temps, de réduction de bruit, de consommation et d'orientation de mon attention. Tout cela n’est pas uniquement dû au fonctionnement intrinsèque de Twitter, mais également à l’utilisation que chacun de nous en fait. J’espère en avoir tiré quelques leçons afin de ne pas commettre les mêmes écarts en installant mes quartiers sociaux du côté de Mastodon. L’avenir nous le dira.

J’avais également annoncé la fermeture, dans la foulée, de mon compte sur LinkedIn. Sans toujours trop savoir pourquoi, j’ai décidé d’accorder un sursis à ce dernier. Chose assez paradoxale tant LinkedIn me pose bien plus de soucis « philosophiques » que ne m’en a jamais posés Twitter. Je pense avoir besoin d’un peu plus de temps pour réfléchir à cet aspect. De prendre une décision lorsque je serai moi-même fixé sur ce que je veux faire de la suite de mon parcours professionnel, sous quelle(s) forme(s) et suivant quelle(s) valeur(s). De cela je pourrai alors décliner une présence en ligne professionnelle alternative qui me paraîtra enfin adaptée et confortable. Vaste programme.

#3. Petits ajustements à la marge

Les mois de mai à juillet m’ont gratifié d’une série d’incidents en tout genre. La somme de ces petites affaires a fini par créer un véritable trou d’air dans le budget des mois qui ont suivi et, nombre d’entre nous le sait bien, ces mois de la rentrée sont rarement les plus légers en termes de charges. Il a donc fallu envisager de serrer quelques vis, voire considérer quelques sacrifices. Pourtant, je n’ai pas voulu me résigner pour autant. Profitant d’un statut relativement privilégié, j’ai préféré voir cela comme la parfaite occasion pour corriger certaines habitudes qui me semblaient déjà discutables.

Je savais déjà que j’allais trouver là le moyen de m’attaquer à mes achats compulsifs de livres. J’ai donc pris le temps de mesurer les piles du « reste à lire » et de m’interroger sur mes habitudes de lecture. Ce qui m’a finalement conduit à récupérer une carte de bibliothèque. Enfin ! D’autant qu’en étant désormais résident grenoblois, ce ne sont pas les bibliothèques municipales qui manquent et qu’il serait stupide que je me prive de cette manne si peu coûteuse. Et pour ce qui est des achats, puisqu’il en reste et restera toujours, je m’efforce désormais d’éviter Amazon. Grâce au site Librairies indépendantes, j’ai débusqué une librairie locale richement fournie dans les matières qui m’intéressent en ce moment. Cela me donne l’occasion de remuer un peu mon gros popotin et me permet de ne pas succomber à la tentation de l’achat par lots, question de proximité.

L’autre aspect de mon quotidien qui est en pleine révision tient dans mes habitudes alimentaires. La dichotomie dans mes lieux de vie depuis juillet 2017 a vite exacerbé un vilain travers : une vraie tendance à la mal bouffe. Pour une fausse question de manque de temps et d’énergie nécessaires à l’organisation, aux achats, à la préparation, lorsque la pression professionnelle a pris le dessus en début d’année, j’ai totalement démissionné sur le plan personnel. Ne plus prévoir mes repas, donc l’approvisionnement qui va de pair, c’est la garantie de me retrouver face à un réfrigérateur vide, affamé, tard en fin de journée et de descendre en urgence récupérer du prêt à gober dans les supérettes du quartier. L’assurance de manger bien plus mal, pour beaucoup plus cher et, accessoirement, beaucoup moins « responsable ».

Depuis fin août, je veille donc à me corriger. Ce faisant, je me retrouve à manger bien plus de produits frais, de fruits et légumes. La charcuterie et le fromage bon marché ont disparu de mon assiette quotidienne et redeviennent ainsi de vrais plaisirs lorsque j’ai l’occasion de rendre visite aux bonnes adresses. Et bien que je vive toujours entre deux lieux assez distants l’un l’autre, je ne jette plus rien : j’ai pris l’habitude de trimballer mes restes dans un sac isotherme, plutôt que de risquer de les voir péricliter dans mon frigo d’ici mon retour. Ça complique un petit peu la logistique et augmente le nombre de sacs à transporter. Un temps, seulement. Jusqu’à ce que cela devienne un nouveau réflexe et que cela finisse par s’inscrire dans le rituel du déplacement.

Je ne cuisine plus beaucoup depuis de nombreuses années. En y regardant de plus près, depuis que j’ai retrouvé le salariat à temps plein (et au-delà…). Je mange régulièrement froid, des salades principalement… Et excessivement de charcuterie jusqu’à il y a peu. Mais même au registre des préparations froides, j’avais fini par verser dans la facilité des salades composées industrielles. Le retour aux produits frais a impliqué de reprendre du temps pour la préparation d’un mets aussi simple soit-il. Mais si peu de temps, finalement. Et si riche : j’ai l’impression de redécouvrir les formes, les textures et les goûts des aliments bruts. Je suis même effrayé par cette sensation. Elle témoigne tellement d’une dérive indicible et sournoise. Petites cerises inattendues sur le gâteau : mon volume de déchets ménagers a fondu comme neige au soleil - en grande partie au niveau des emballages… -, et j’ai perdu mécaniquement un peu de poids en étant pourtant rassasié à chacun de mes repas. Si ce bilan-là n’est pas positif, je veux bien me faire moine !

#4. Néo-luquoi, dites-vous ?

Un jour, dans la bâtisse troulandaise, nous avons débranché la télé. Ce n’était pas un geste de revendication, loin de là. Juste une simple précaution pour tenir l’appareil à l’abri de tout dommage que pourraient provoquer les travaux qui s’annonçaient dans le salon. Si nous avions vraiment eu conscience de ce que nous faisions alors, nous aurions sans doute noté cette date pour pouvoir nous en souvenir et la célébrer. Tout ce que je peux en dire aujourd’hui, c’est que cela remonte à une bonne poignée d’années désormais. Cet engin n’a jamais réintégré la pièce depuis, pas plus qu’il n’a servi à autre chose que comme moniteur pour visionner les quelques films, séries et documentaires que nous avions explicitement choisis et dont les séances épisodiques étaient planifiées comme telles. Sans le savoir, nous entamions la reconquête d’un temps qui nous avait insidieusement été détourné. Sans nous en rendre compte, nous allions le réinvestir dans la conversation, la réflexion, la lecture et l’écriture, le repos plein, assumé et non coupable. Ça semble dérisoire, décrit de la sorte. Sans doute l’est-ce vraiment, d’ailleurs.

Mais les effets s’en font toujours ressentir à très long terme. Je considère avoir fait beaucoup de chemin depuis et grâce à ce geste anodin. D’ailleurs, je serais presque tenté de considérer la fermeture de mon compte Twitter comme une réédition, consciente cette fois-ci, de ce geste libérateur. Je ne peux alors m’empêcher de sourire puisque je pense à l’instant à ce récent billet de Karl, qui m’avait provoqué le haussement d’un sourcil lors de sa lecture et qui me parle bien différemment d'un coup, ce soir. Ce temps retrouvé et réinvesti a sans doute réorienté ma vie, ou plutôt la façon dont je me l’approprie et l’informe. Ce thème m’occupe l’esprit depuis quelque temps déjà et je pense prochainement tenter de trouver les phrases afin de coucher mon cheminement par écrit. Je pensais le faire aujourd’hui mais j'ai préféré la facilité de ce billet fourre-tout à la discipline qu’un texte sur ma relation au temps aurait exigée. Ce n’est pas une tâche que je pourrai mener à bien, sans risque de la bâcler, en ne m’y attaquant qu'en fin de dimanche. Convenons donc d’en rediscuter ultérieurement.

Mais, pour faire bref, tout ce temps « retrouvé » et analysé jusque-là m’a conduit sur un chemin que je ne pouvais pas soupçonner alors. Un sentier pas toujours facile, pour ne pas dire régulièrement dérangeant et inconfortable. Je m’aperçois que, au fil des jours, de mes lectures, de mes interrogations personnelles et professionnelles, ma pensée se fait plus radicalement critique au sujet de la science et de la technologie. Cette dernière, surtout, bien plus que la science, tapisse de doutes un grand nombre de mes réflexions. Par mon parcours, ma nature à être enclin aux toutes choses techniques, anticiper qu’une remise en question profonde, délicate et (peut-être) douloureuse s’annonce dans les prochains mois me ferait limite l’effet d’une lapalissade. Alors même que je retrouve l’envie de coder et de me rapprocher de mon métier de base, je deviens plus méfiant que jamais face à la technologie, à son usage qu’elle nous impose et à l’utilisation malsaine que nous finissons systématiquement par en faire. Je sais que je n’échappe pas à cette règle. Je tente de me convaincre que cette étonnante propension à vouloir remettre une fois encore les couverts s'apparente à un nouveau dessein : contribuer une dernière fois pour pouvoir enfin s’en extraire.

Ayant conscience d’une part importante de conditionnement, j’ai peur du leurre.
J'ai peur d'être condamné à rester le complice d'un mal que je dénonce mais entretiens.