« N’écris pas. » me suis-je dit ces derniers temps.

« N’écris pas. Tu sais très bien que tu te remets à tourner en rond et que tu vas ressasser encore et toujours les mêmes maux. Tu ne feras qu’entretenir ce malaise imbécile et infondé. Qu’à faire chier ton monde, comme à ton habitude d’ailleurs. Seul domaine dans lequel tu es vraiment doué ? Le sais-tu, au moins, ducon ? ». Quelqu’un pourrait-il réparer cette fichue radio qu’on m’a collée dans la tête ? Par pitié. Ça grésille. Toutes les stations semblent se mélanger. Toutes sont plus indigestes les unes que les autres. Mais aucune ne cesse jamais d’émettre. Grandes ondes, ondes courtes, fréquences modulées, partout ce brouhaha, ce bruit, ces cris. Pas d’interrupteur. Machinerie auto-alimentée.

MAIS.
JE.
N’EN.
PEUX.
PLUS.
PUTAIN.

Je veux faire taire les voix. Je ne veux plus en entendre qu’une. Une capable d’éviter la logorrhée, uniquement. Deux, à la limite, et seulement si elles se montrent capables de débattre de choses sensées, avec respect et intelligence, sans fureur. Est-ce trop demander ? Pourrais-je avoir un peu de calme ? Sans avoir besoin de me concentrer pour cela. Sans avoir besoin de contrôler ma respiration. Est-ce que toute notre espèce est bâtie de la sorte ? Parce que si c’était le cas, ça expliquerait soudainement plein de merdes en ce bas monde ! Animal doué de pensée ? Mensonge. Foutaise. Connerie. Ce n’est pas un don. Mais une malédiction. Je veux passer une annonce. « Troque filet de bave (même légèrement mousseux) contre flot incessant de pensées ». Je ne vais tout de même pas être obligé de crépir les murs en rouge dans une grande explosion de chevrotine, dites ?

Parce que ce n’est pas de la petite crise passagère, en plus. Exception faite des dix premières années de ma vie, j’ai la mémoire de toutes les autres. Mais aucune trace de silence dans ces milliers de jours éveillés. Alors, oui, cette fichue mémoire, je ne sais pas qui la remplit, qui la stocke, qui la classe, qui s’y réfère, qui la consulte, qui m’en interprète les traces. Enfin, si. C’est moi. Mais lequel ? Suis-je seulement seul sous ce foutu crâne ? Quand bien même ! Je ne sais pas qui je suis. Ni ce que je suis. Je n’ai pas le moindre commencement d’explication du comment un amas de particules forme un être vivant et pensant. Désintégrez-moi, s’il vous plaît. Dispersez mes putains d’atomes. Ou alors filez-moi le mode d’emploi pour stabiliser tout ce merdier.

Je n’ai peut-être qu’un bête boson qui fout le boxon.
Ça pourrait être aussi bête et simple que ça…
Non ?