Est-ce l’habitude des innombrables trajets hebdomadaires effectués lors de cette année écoulée ou simplement l’urgence de m’échapper réellement le temps des vacances ? Toujours est-il que la route m’a paru plus courte, moins éprouvante, que la dernière fois. Alors que je partais d’un peu plus loin. Alors que je découvrais une nouvelle première moitié de parcours. Pas désagréable du tout, d’ailleurs, cette traversée autoroutière des différentes collines du centre. Et dans ma diagonale du fou, qui m’emmenait un peu plus au nord et beaucoup plus à l’ouest, l’ordinateur de bord, centaine de kilomètres après centaine de kilomètres, m’affichait une température décroissante et une estimation de l’heure d’arrivée pas si tardive, finalement. Oubliée l’angoisse du matin alors que je constatais que je partais tard, bien plus tard que je l’avais prévu. Pas même besoin de jouer bêtement à l’avion de chasse. Rythme soutenu mais acceptable. Convenable à défaut d’être entièrement conforme.

J’inaugurais également en voyageant plus reposé. Je partais de cette nouvelle tanière que j’ai consenti à m’octroyer après de nombreuses années de tiraillement personnel. De cette nouvelle vie dichotomique, je me suis surpris à sourire d’un bienfait insoupçonné : ma faculté nouvelle en matière d’organisation et de rapidité de bouclage de sacs. Et malgré quelques tâches professionnelles que je me devais d’avancer afin de pouvoir passer à autre chose - dans ma tête avant tout -, la semaine qui avait précédé ce moment de mettre le contact m’avait en partie ressourcé. Cette fois, je n’allais pas rouler en quête d’une cure de repos et de cicatrisation de multiples et diverses plaies au moral. Non. Cette fois, ce n’était que du bonus. Un gros bonus. Composé du plaisir de retrouver ceux qui comptent tant et que je vois si peu, de dépaysement, de la promesse de bouffer de l’iode (et pas que, d’ailleurs…). Rouler le cœur et l’esprit légers. Voilà bien une explication crédible à ma vitesse de croisière. La voiture était certainement bien moins chargée qu’à l’accoutumée !

Dans l’euphorie, j’avais oublié les travaux du moment, pour sortir de la cuvette comme à mon habitude. Si bien que j’ai commencé mon périple sous le mauvais augure de bouchons impromptus, sentant grimper en flèche la température dans l’habitacle, malgré une climatisation qui soufflait la tempête à l’intérieur. Mais ça n’a été qu’une passade, bien vite oubliée. Ensuite, j’ai roulé avec le soleil en point de mire, légèrement sur ma gauche. De quoi parfaire mon bronzage camionneur si sexy. De nombreuses montées, suivies d’autant de descentes, des enfilades de virages et de longues lignes droites, des arbres, de la verdure, des champs brûlés par la canicule, des aires de repos à l’ombre rare et aux voiles de chaleur dansant au ras du bitume, des cafés, du soda et des sandwichs d’autoroute, mille quarante-quatre kilomètres plus tard, il y avait les sourires à l’arrivée. Les connus, espérés, attendus. Mais aussi de nouveaux, de ceux qu’on peut alors associer à des visages vus en photo uniquement. D’autres encore, familiers ou en guise de rencontre chaleureuse, allaient suivre durant le séjour.

J’étais bel et bien arrivé à destination.