Un couple de petits papillons blancs batifole et virevolte dans une spirale amoureuse ascendante, au-dessus d’un plant de lavande, direction l’azur d’un ciel sans nuages. J’ai déjà eu l’occasion d’observer leur petit manège, hier. Je parierais qu’ils me rejoueront la scène demain, les vauriens. Exactement au même endroit. Pourtant, ce ne sont pas les plants de lavande qui manquent. Ça fait donc aussi dans la routine, les papillons ? Et quand ils se tortillent de la sorte, que peut-il donc bien se passer de l’autre côté de la planète ?

Bien décidé à m’empêcher de mener cette réflexion vitale à bien, un escadron de mouettes s’invite sur cette toile, dans un ballet aérien anarchique. Mais surtout dans un vacarme difficilement descriptible. Une mouette, ça ne chante pas. Ça ricane, ça glousse, ça se moque, ça se gausse, ça râle, ça braille, ça gouaille. Mais ça ne chante pas. Une étude des plus sérieuses, afin de les dézinguer au lance-pierre, est d’ailleurs en cours. L’amour des animaux et la tolérance ont des limites, sans blague.

Un léger courant d’air fait parfois son apparition. Trop léger pour rafraîchir la température plombée d’un après-midi d’été étouffant. Assez prononcé, pourtant, pour tirer un non moins léger craquement du pied de parasol, en gonflant la voile de ce navire à quai que m’évoque la terrasse. Vautré sur le banc, avec un bon 2 de tension, l’un de mes bras pend dans le vide, par-dessus le dossier, comme si ma main cherchait à rencontrer l’eau au gré des vagues.

Je me surprends à me demander d’où me vient ce tableau nautique idiot : nous sommes tout de même si loin de la mer. Cinq bonnes minutes à pied, avec un train soutenu de vieux sénateurs briochés. C’est dire. Sans doute une réminiscence de l’avant-veille. De cet après-midi où j’ai pu laisser libre cours à mon moi-éléphant-de-mer au milieu des surfeurs-otaries, à ballotter ma bedaine dans l’eau salée, à jouer avec l’écume, à savourer la douce symphonie des rouleaux.

Lorsque je me suis souvenu que j’avais des pieds, c’était pour rappeler à mes orteils le petit plaisir granuleux d’un sable fin et chaud. De vieilles sensations que je n’avais pas éprouvées depuis de nombreuses années. Tellement que je n’ai pas souhaité les compter. Rubrique des moments rares et précieux. J’ai toujours pensé savoir les apprécier à leur juste valeur, ces petits moments de vie. J’en doute désormais. À chaque fois. Maturité ? Conscience viscérale que je n’aurais guère l’occasion d’en retrouver à la pelle ? Je ne sais pas.

Les amis sont là. À portée de main, à portée de voix. Qui de faire une sieste derrière les volets d’une chambre. Qui de lire confortablement assis dans le canapé, dans la pénombre du salon. Qui de prendre une douche après être parvenu à s’extraire de son fauteuil. Le grand belge est arrivé hier soir. Il n’est pas en très bon état, ce garçon, ces temps. Le cœur, c’est quelque chose de fragile, chez les grands comme chez les autres. Mais ça devrait aller. On ne lui laissera pas trop le choix, de toute façon. Quitte à être pénibles.

Une fois de plus, la Bretagne est belle.
Et bleue.
Et calme.