Ce soir, ça sera pizzas à la maison poulaga.

Ils sont arrivés, pépère, en Skoda. Qu’ils ont posé comme une grosse merde blanche, bleue et rouge. Et orange aussi, merci les feux clignotants. C’est le conducteur qui a perdu à la courte paille. Il est donc allé passer commande. Et attendre. Les autres ont les bras qui pendent aux fenêtres ouvertes de la grosse merde, blanche, rouge et bleue. Et un peu orange, toujours. Derrière, les autos s’agglutinent. Comme autant de mouches vertes, bleues et noires. Mais pas un son, dites donc ! Pas un klaxon ! Ça palabre dans la Skoda. Ça ne s’impatiente pas. Ça ne s’affole pas. Le sang froid de l’uniforme. Le dédain du cow-boy au colt. Ça ne se gêne pas de gêner, quoi. L’un tente tout de même une sortie et fourre sa porte dans le bouclier arrière d’une voiture en stationnement. Il se ravise donc, le brave gars. Il faudrait encore qu’il se contorsionne. Ça tombe donc sur l’occupante de la place du mort. Ou de la morte, pour l’occasion et pour la jouer inclusive. Qui contourne la merde blanche, un peu orange qui clignote, bleue et rouge, par l’avant. D’un pas nonchalant. Le poids d’une grande responsabilité, sans doute. L’effort ultime d’emmancher la première et de tourner le volant afin de glisser ce véhicule d’autorité dans la place en épi déjà disponible à leur arrivée.

Quelle mansuétude.
Quel sens civique.
Cocorico.
Main sur le cœur, saluons le drapeau.

L’essaim de mouches s’envole enfin.

Il a encore fait chaud aujourd’hui. Bien trop chaud. La fournaise s’est installée dans la cuvette pour un moment, dirait-on. Retour logique d’un léger smog. Ça va de pair, cette affaire. On distingue toujours les contours de Belledonne, de la Chartreuse et de la Bastille. On manque juste de détails. Du gros flou dans la résolution, du mou 100 % pollution. Mais il y a du vent, aujourd’hui. Un four à chaleur ventilée pour une cuisson lente mais à point et à cœur. Si les quelques rafales ne sont pas suffisantes pour chasser le voile de particules, elles le sont bien assez pour lever celui d’une petite jupe d’été au léger tissu moucheté. De longues jambes musclées et hâlées. Un rappel sur le haut de la cuisse du tatouage de la cheville fine. L’été a tout de même du bon, lorsqu’on est un vieux con. Excusez-moi, je voulais dire « esthète ». Pas le temps de contempler cette petite œuvre sur pied que déjà la grande limace mécanique vient la gober, pour la régurgiter quelque part ailleurs, plus tard. Ma journée aussi est terminée, je l’ai décrété ainsi. Tout comme ma cigarette. Ces quelques minutes sur mon balcon m’ont rappelé qu’il y avait de la vie à l’extérieur. Malgré cette chaleur étouffante. Même si je n’en ai pas la moindre envie, il va pourtant falloir que je descende m’y mêler, un instant.

Relever le courrier.
Récupérer de l’eau gazeuse.

Et peut-être une pizza, tiens !