Ce week-end, je ne me suis pas vraiment installé pour écrire. Oh, comme d’habitude, la première chose que j’ai faite en retrouvant mes pénates a bien été de lancer l’éditeur de texte. Mais ensuite, je suis vite passé en mode petit bras. Je me suis tenu loin de la bête. J’ai donné dans l’esquive et le fuyant. Me suis planqué derrière la lecture et l’excuse des mots des Autres, des Grands, hypocrite dégonflé que je suis. Pourtant, j’ai trouvé une bonne recette pour compléter mon stock de personnages, ma petite galerie des horreurs. Au-delà de l’observation du quidam moyen au quotidien, et des notes à son sujet, j’expérimente également l’utilisation de ma petite personne insignifiante.

Résultat de mois d’introspection, suivis d’autant à éplucher les bases de la psychologie de notre misérable espèce, j’ai accumulé un beau gros monticule de glaise dans lequel je peux désormais taper à l’envi. Un trait de caractère par-là, une névrose par-ci. Une pincée de psychopathie, une autre de déviance. Une facette de ma personnalité, ou juste un éclat. Même un bout du cadre supposé tenir le tout. Ou juste une écaille du vernis, voire un point de rouille. Passé un petit temps d’agencement, de préparation, je lâche le petit monstre ainsi créé sur une page blanche et le nourris à l’écriture automatique. Le bougre prend vie très rapidement, se démène pour desserrer l’emprise de ma conscience et finit alors par détaler à toutes jambes, au point de totalement m’échapper. Ou presque.

Ces imbéciles partagent tous un point commun assez gênant. Une malédiction de leur hérédité, un ver dans l’ADN : aucun ne sait parler. Enfin, si. Ils parlent. Ils sont tous capables de longs et chiants monologues. Comme Papa. Les braves petits. Mais entretenir une conversation ? Pouah ! Une vraie bande de nullards. Comme… Bref, vous voyez. Alors je veux bien qu’un mime Marceau puisse être suffisamment expressif pour se faire comprendre, mais mes poupées d’encre en sont bien loin. Essayez donc d’envisager des relations sans dialogues, autres que du meurtre, du viol, du suicide collectif, des repas silencieux entrecoupés de bruits de bouche, du coït muet, de la contemplation complice d’une brume automnale sur un lac de montagne, des bagarres de rue, du duel au soleil, des séances d’électrochocs ou encore du partage d’une barba papa. Vraiment, ça n’aide pas.

Maintenant que ce petit monde commence à prendre forme, dès que deux ou trois de mes olibrius finissent par s’entrechoquer, tout s’arrête. Exit le maelström. Mes tarés deviennent ineptes. Ça balbutie à peine. C’est lamentable. J’ai tenté de leur mettre quelques claques, de les passer à la torture. Le résultat est toujours aussi fade. Alors je grogne un peu. Je leur souffle quelques conneries, leur injecte un peu d’absurde. Mais, rien. Keud. Nada. Il me manque une corde à mon arc, catégorie fondamentale. Je me résigne et retourne à mes lectures. Quand je sens que ça pourrait venir, je remets le couvert. Et j’essuie de nouveaux échecs. Il y a toujours quelque chose qui ne fonctionne pas. C’est encore le cas ce soir. Je me retrouve donc à fumer plus de clopes que je ne le devrais, à descendre suffisamment de caféine pour pisser noir toute la nuit et, puisque je suis régulièrement au clavier, à écrire un énième billet de blog rempli de jérémiades.

L’important est de pratiquer, d’écrire et d’écrire encore, disait je ne sais plus qui.

Putain, mon pote…
Heureusement pour toi que tu n’es pas là en ce moment !
Je crois bien que je te casserais toutes les dents sinon…