Ces derniers temps, j’ai un peu fait évoluer la recette. J’ai rajouté de la bière dedans. Juste ce qu’il faut. Pas trop. Pas pour faire genre. Juste une bibine ou deux pour ne pas me mettre trop minable. Ou risquer de virer pochard. Un simple petit coup de pouce à l’euphorie. Des bougies pour l’allumage. De quoi lever quelques inhibitions tout en conservant les idées claires. Rien de plus. Enfin. Je crois… J’ai parfois l’impression que cette méthode fonctionne. Certains soirs, j’arrive même à m’en convaincre.

Pourtant, les semaines passent et je me déballonne toujours et encore. Ce n’est pas parce que je me soulage de quelques freins que ça suffit à me donner du cran. C’est le constat. C’est bien triste. Mais pas désespérant. Pour le moment. J’ai donc tout ce petit monde qui court dans ma tête et qui voudrait bien se frayer un chemin jusqu’à mes doigts. Ça titille, ça démange, ça pianote un peu. Mais ça ne sort pas vraiment. Ça crachote, au mieux. Je me dis que si je ne me prends pas au sérieux, si je ne cherche qu’à m’amuser, je devrais y arriver. Juste accoucher des petites histoires. Une suite d’anecdotes rigolotes ou loufoques. Histoire que la bande de joyeux drilles qui fait tapage sous mon calot puisse prendre vie sur la page. Ouaip. Je peux y arriver.

De toute manière, j’ai besoin d’en passer par là. Ne serait-ce que pour passer à autre chose. Parce que ça commence à m’entêter, cette affaire. À prendre une place que je ne lui avais pas prévue et que je ne suis vraiment pas certain de vouloir lui accorder, non plus. Je me dis que j’ai été un parfait petit soldat, ou presque, jusqu’à aujourd’hui. Si gamin je n’étais pas un adepte des devoirs, j’ai toujours fait le job depuis. Bien comme il faut. Avec application, implication et tout le pataquès. J’ai bien mérité mes quelques galons. Et certains me rendraient presque fier. Mais la retraite me paraît toujours aussi loin et je transpire le besoin d’évasion. Dans ces conditions, faut bien que je me bricole une petite compensation, une grosse consolation, non ?

Ça a commencé par la photo. C’était sympa et ça me faisait déjà bien bizarre. Trop bizarre, en fait. Et vicieux, en plus de ça. Ça m’a fait revenir les mots. Des mots patauds, idiots, simplets, maladroits. Des bataillons de mots qui caracolent sous mon crâne comme des zouaves, dès que je ne suis pas pleinement concentré sur une activité en particulier. Ça en est devenu pénible, à force. Il va donc falloir que ça cesse. Je suis sûr que ça se traite par autre chose que de la chimie lourde, du capiton aux murs et de la camisole. Ça commence tout de même à urger. Persuadé que je suis que ces deux mondes, celui de l’imaginaire et celui du quotidien, finiront par ne plus pouvoir cohabiter sinon. Je le remarque déjà dans ces pages.

Je me trouve aujourd’hui incapable d’envisager le moindre billet posé, construit, dirigé par un minimum de réflexion. L’impulsion, les pulsions, ont fait main basse sur les commandes. Et dès que je m’installe au clavier, que j’ouvre l’éditeur, bien que je pioche dans une liste de sujets presque sérieux que j’ai une vraie envie de traiter convenablement, il y a un fichu diablotin qui me saute sur l’épaule et me souffle ses conneries à l’oreille. Je tiens trois, quatre, cinq phrases dans ces conditions. Puis, avant même de parvenir à boucler un paragraphe, je dévisse. Tout part en vrille. Pire. Je lâche tout. De mon propre fait. Juste parce que ça m’éclate. Parce que ça ne rime à rien. Rien, c’est bien. Vachement bien, tout ce rien. Sauf que ça crie que mon cas s’aggrave.

J’en viens à la conclusion qu’il va falloir que je la mette en sourdine pendant quelque temps, par ici. Que je retrouve un peu de calme, une pincée de sérénité. Que je tienne l’interface de publication de ce site loin de moi dès que je suis en passe d’ouvrir mon éditeur et de m’installer au clavier. Que je m’autorise à écrire comme un damné jusqu’à m’en épuiser. Mais ailleurs. Hors-ligne. Que je revienne ici qu’apaisé. Ou, à défaut, avec quelque chose d’abouti. Je ne me suis pas encore tout à fait décidé. J’ai ce sale sentiment du « demain, j’arrête » qui m’inquiète.

Victime d’une addiction, moi ?
Jamais !