Que se cache-t-il derrière tes paupières closes ?

Je ne sais pas si tu rêves. En couleur, en noir et blanc ou en monochrome. Il doit bien y avoir des paysages, n’est-ce pas ? Des lacs, des montagnes, des plaines et des prairies. Des forêts et des clairières, des grottes et des pics. Des mers et des plages, des océans et des vagues. Vois-tu tout cela ? Et le ciel ? Regardes-tu le ciel, les nuages et les étoiles et la Lune et le Soleil. Cernes-tu de lointaines galaxies inconnues et inexplorées ? Tu dois bien croiser des visages, aussi ? Les quelques proches. Les larmes de tes amis. Les rires de tes ennemis. Et les faces grises d’une armée de milliards d’inconnus. Joues-tu des coudes au milieu de cette foule ? Ou tentes-tu de serrer certains de ces êtres dans tes bras ? Je soupçonne une grande ivresse face à tout ce relief si absent de ta vie éveillée. Des textures subtiles, des motifs complexes, la beauté du chaos et la plénitude du vide. Ce grand néant source du tout, du rien, de l’hier et du demain. Cette énergie inépuisable qui te tient, t’étreint, t’éteint à force. Puis te rallume lorsque tu es en proie aux limbes, que tu glisses dans de nouvelles et épaisses brumes. Il y a bien de quoi perdre la tête, tu ne penses pas ? Ce sommeil n’est pas la fin. Tu le sais bien. Quand bien même, tu risquerais de découvrir que même l’éternité à une fin. Que feras-tu alors ? Suffoqueras-tu à ton réveil ? Crieras-tu à nouveau comme au jour de ta première naissance ? Et sauras-tu enfin ce qui te pousse à hurler en retrouvant ce monde ? Y seras-tu plus préparé à chaque nouvelle itération, prêt à y rester ou prompt à vite le déserter ? Pauvre petite bille ignorante, lancée dans cette grande et frénétique roulette. La vie, comme tes rêves, n’est ni juste, ni injuste. Juste aléatoire. Fais-toi une raison, tu n’es maître de rien. Tu conduis un bolide sans les mains. Rien ne te dit si tu croiseras un mur ou un ravin. Un rêveur angoissé en contresens. Un songeur à deux roues dans ton angle mort. Un poids lourd sans freins au prochain stop. Alors laisse aller et n’oublie pas que ça n’a rien d’une valse. Mais je m’égare, j’improvise et je délire. Peut-être n’y a-t-il que ténèbres, une fois tes yeux fermés.

Mais alors…
Pourquoi ne les rouvres-tu pas ?