Il m’arrive très souvent de me demander à quoi ça rime, cette nouvelle manie d’écrire sur ma pomme. Comme si j’étais redevenu à jamais ce gamin pénible qui ne cesse de crier pour avoir l’impression d’exister, de compter pour quelqu’un.

Maman !
Maman ?
Tu regardes ?
MAMAN !
REGARDE-MOI !

Je me dis que pour écrire sur soi, il faut avoir de quoi raconter. Une vraie histoire, quoi. Qu’elle soit tragique ou comique n’importe guère. Le principal étant qu’elle soit singulière. La mienne ne l’est pas. D’ailleurs, appeler « histoire » quelque chose qui ne tient que de l’anecdote est déjà une belle escroquerie. Et puis les apparences laissées par mes mots sont des plus trompeuses. Je couche souvent mes idées noires, mes interrogations. J’évoque mes quelques « fêlures ». Je disserte sur mes doutes. Ça donne parfois un côté être maudit ou incompris, fort éloigné de qui je suis au quotidien. Ça finit par faire « posture volontaire ». Alors que rien n’est vraiment réfléchi lorsque mes doigts s’activent sur le clavier. Ce qui doit sortir sort. Ça s’arrête là. Il n’y a aucune autre volonté. Aucune prétention. Aucune puissance créatrice. Aucune muse. Et malgré toutes mes tentatives, je n’arrive toujours pas à marcher sur l’eau.

À la lumière du jour, je ne suis qu’un quidam parmi d’autres quidams. Quelqu’un qui se lève pour un boulot pas des plus pénibles ni des plus excitants, pour payer les factures, remplir le frigo et les placards, être un bon consommateur et estimer que sa voix d’électeur compte - le con ! -. Quelqu’un qui sourit souvent. Rit aussi parfois. Pas forcément un vrai rigolo, entendons-nous. J’ai bel et bien un petit côté taciturne un peu trop prononcé. Mais rien de méchant non plus. Je n’ai connu aucun drame personnel dans ma vie jusque-là. Pas plus que je n’ai eu de réussites notables ou d’expériences exceptionnelles. Alors, forcément, lorsque je me retrouve là à taper ces mots, je me sens comme un imposteur. Que je suis, d’ailleurs. Et oubliez toute allusion au syndrome. Ça n’a rien à voir. Quand bien même je suis un imposteur, je ne vois aucune raison ne m’empêchant d’écrire si j’en éprouve le besoin ou l’envie. Le besoin, surtout. Je ne me rappelle pas avoir eu, un seul jour de ma vie, « envie » d’écrire. Bizarrement, j’ai commencé par avoir « envie » de faire de la photo. C’est seulement par la suite qu’il m’est apparu qu’il s’agit là encore d’un besoin. Mais je diverge déjà.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne considère pas non plus mes écrits comme égocentriques. En tant que quidam parmi les quidams, ce que je peux raconter n’est étranger pour personne (ou presque). Chacun peut y trouver son compte s’il le souhaite. Il y aura forcément, au détour de l’un ou l’autre des billets, une zone de recouvrement, une part de commun, même si ce n’est que le temps d’une phrase ou de l’association de quelques mots. Par contre, je reconnais bien volontiers que l’acte, en lui-même, est égoïste : j’écris parce que j’en ai besoin, parce que ça me fait du bien, parce que je peux le faire. Aucune autre raison. Pas parce que je pense à ce commun « potentiel ». Et, non. Non. Définitivement non. Ce n’est pas une forme de masturbation. Même si ça m’occupe frénétiquement les deux mains, hé ! Yo, Rocco !

Je l’ai déjà mentionné auparavant : j’écris désormais sur ce blog comme je peux écrire dans un carnet papier. Si je sais qu’il y a un peu de trafic, quelques lecteurs réguliers, je n’en tiens pas compte. Non pas que vous qui lisez ces lignes ne m’intéressez pas, mais parce que je ne cherche pas à vous appâter. Je ne fais pas dans le racolage. Si c’était mon intention, j’irais tordre du cul sur Facebook, je tenterais le Dick Pic sur Instagram ou Twitter. Bien au contraire, je fais mon possible pour garder ces pages discrètement publiques. Ouaip. Le « Discrètement public », ça sent le concept fumeux. Je devrais le breveter, tiens. En gros, je vous laisse juste l’opportunité de lire par-dessus mon épaule, si le cœur vous en dit. Je m’évertue à faire en sorte que votre présence n’influence pas mon propos au point que je ne cherche à le déformer. Juste qu’elle m’oblige à m’appliquer un peu et ne pas laisser trop gicler les mots. « Gicler » ? Décidément…

Dans le fond, je sais très bien que je ne suis pas ce gamin pénible.
J’en suis convaincu.
Peut-être plus un ado attardé avec un surplus d’hormones.
Ou juste un vieux maniaque.
Bien décidé à tripoter son clavier comme d’autres s’astiquent le manche.

Bref…

Amis de la poésie, c’est samedi.
Je dois être trop plein de Bukowski.
Mais c’est fini pour aujourd’hui.