Et voilà. Réveillé plus tôt que je ne le souhaitais. Cette nuit me paraîtra trop courte d’ici quelques heures, j’en suis sûr. Je ne sais pas qui du camion des éboueurs ou de la valse des tramways a eu raison de mon sommeil matinal. Mais ce n’est pas bien grave. D’autant que c’était couru d’avance. Hier soir, j’avais retrouvé un appartement à 26 °C. Température extérieure à 23h ? 22 °C. En me couchant, j’avais le choix entre la chaleur ou le bruit. J’ai opté pour le bruit, en laissant les baies vitrées ouvertes. Et malgré cette nuit raccourcie, je reste persuadé que c’était judicieux.

Médocs, café, quelques pages d’un livre. Démarrage tranquille d’un week-end mérité. Coup d’œil sur l’heure et la température. Mouais. La journée s’annonce compliquée puisque chaude. Il faut dire que ma limite entre « tempéré agréable » et « trop chaud » se situe à 23 °C. Une apparence méditerranéenne, un organisme nordique. Je n’en suis plus à une malformation près. Ce qui veut dire que je vais devoir m’activer rapidement avant de passer en mode agonie. Débarbouillage rapide. En route pour les provisions des quelques jours à venir. Ce sera surtout du liquide et du frais. Point de salut sinon.

Au moment même où je m’engage dans la supérette, une jeunette surgit et me file sous le nez. Un peu quelconque. Mais du quelconque en proportions appétissantes, que sa tenue de sport moulante me permet d’apprécier. Attends mon gars ! « Appétissantes » ? Non mais dis donc, pourquoi cet adjectif ? Pris au dépourvu, je me rends compte que je viens d’avoir un sursaut de désir. Pas du conceptualisé, du conscientisé, ou de l’intellectualisé. Non. Du désir bien physique : du chimique, de l’hormonal, de l’animal. Devrais-je en avoir honte ? Vraie question que je me pose alors. Qui disparaît aussi vite qu’elle m’est venue à l’esprit et laisse place à un sourire amusé.

Parce que je n’ai pas éprouvé une telle émotion depuis de très nombreuses années. Trop civilisé, trop lisse, trop imperméable, trop perdu dans mes pensées, et empêtré dans mes doutes. Je souris parce que j’y vois une marque d’un lâcher-prise plus profond que je ne l’avais estimé jusqu’à aujourd’hui. Je m’en réjouis parce que cela me fait me ressentir humain. Pas de quoi en être fier, on est bien d’accord.

Juste un rappel naturel que je suis toujours vivant.