Une fois de plus, je suis planté là, comme une andouille, devant ce bout de texte qui était alors sorti d’une traite. Un modeste paragraphe. Quelques phrases. Quelques mots. 100. Pile, tout rond, d’ailleurs. 555 caractères, espaces et ponctuation comprises. Une peccadille. Mais aussi le meilleur résumé de ma toile de fond. Ce soir, pourtant, pour la première fois, j’en remarque la date du premier essai de transformation sous forme de billet : 17 mai 2017. Presque une année pleine que ce petit truc attend de devenir un machin plus conséquent. Mais non. Rien. Toujours rien. Ce n’est pas que l’entrée en matière n’aboutit sur rien d’autre. C’est plutôt le contraire. Ce fichu paragraphe est un terrible déclencheur. Une dangereuse goupille. À chaque fois que j’essaie de jouer un peu avec, tout m’explose à la gueule.

J’ai tenté l’écriture libre, ou automatique - c’est comme vous voulez -, dessus. J’en ai écrit des kilomètres. Et ça partait dans tous les sens. Normal, me direz-vous, c’est un peu ce qu’on attend de ce type d’écriture. Sauf qu’à chaque tentative d’en raffiner la moindre parcelle, le même effet se produisait encore et encore : des kilomètres supplémentaires, de nouveaux tourbillons, des sacs de nœuds en-veux-tu-en-voilà. Est-ce parce que ma vie est vide que ma tête est si pleine de merde ? Et puis, au fond, c’est quoi une vie remplie, d’abord ? Chacun d’entre nous doit bien en avoir une définition qui lui est toute personnelle. Et bien différente de ce que les convenances sociales espéreraient. Que ses parents lui avaient souhaité. Je suis prêt à prendre les paris là-dessus.

Une méthode plus académique ? Extraire les grandes lignes, essayer de faire un mini-plan, tout reconstruire autour de cette petite armature ? Sans succès. Ça donne du mou du genou. L’effet d’une douche tiède. La détente d’un bain tiède. Le plaisir d’une bière tiède. Réfléchir sur la substance l’altère systématiquement. La désagrège. La disperse. Et l’aseptise, aussi. Déjà que ma vie est sans saveur, manquerait plus que je ternisse cette incongruité qui me tapisse l’esprit, tiens ! Alors, régulièrement, je reviens sur ces 100 mots. Je me flagelle avec ces 458 caractères sans espaces. Toujours en me disant que j’y arriverai un jour. Toujours en vain. Ce soir encore. J’entretiens la frustration. Je multiplie les échecs. Je m’entête comme un âne. J’alimente ma haine de moi-même. Ce n’est pas sain. C’est bon, je le sais.

Mais je me condamnerais en renonçant.
Et ça me semble encore trop tôt.
Pas ce soir, en tout cas.
Pas demain, non plus.