Par la fenêtre, le ciel était bleu. D’un bleu presque uniforme, si ce n’était cette petite bande dégradée qui assurait la jonction avec le sommet des montagnes. Une pâleur subtilement rosée. L’annonce d’un couchant encore dans les vapes mais pas bien loin de se pointer. C’était hier soir. C’était par la fenêtre du bureau. Je terminais une semaine un peu plus calme que les précédentes. Avec une « bonne » nouvelle pour l’entreprise mais surtout la promesse de nombreuses nouvelles semaines infernales à venir pour moi. Mais au moins, celle-ci était terminée. Les autres allaient attendre. Verrouillage de la station. Puis un rapide coup d’œil à ma messagerie perso sur mon portable. Dans ma boîte à lettres électronique, une offre alléchante. L’éventualité d’accéder à mon Graal, à crédit. La tentation était grande. J’allais sans doute prendre le temps de bien y réfléchir. Je fermais alors le capot de mon portable, avec l’idée de m’offrir un samedi photographie.

Ouaip.
Ça serait bien.

Ce matin, lorsque le réveil a sonné, je l’ai maudit. Je me suis maudit. Et puis je me suis souvenu de ce beau ciel bleu d’hier. J’ai tourné la tête en direction de la baie vitrée pour prendre la mesure de la lumière à travers les volets. J’ai un peu plus maudit ce fichu réveil. Dehors, ça sentait la journée douce. Mais, dehors, ça sentait aussi le ciel voilé. Première impression confirmée au premier café. Et ça ne m’a pas paru près de se lever un peu plus tard. Alors que moi, je l’étais déjà, un peu trop tôt à mon goût. Mon envie de photographie avait survécu à ma nuit. Mais elle commençait à se dégonfler. Lentement. Telle une baudruche abandonnée. Me ramenant à la réalité. Invitant la raison à reprendre le dessus sur mon intention d’un investissement inconsidéré. Et dans ces conditions difficilement justifiable.

J’ai grommelé. Saisi un bouquin. Et suis parti me vautrer dans le canapé. Bien décidé à flinguer toute pensée maussade avec la prose imbibée de vinasse et de foutre de Bukowski.

J’ai laissé filer les heures. À tourner les pages. À ingurgiter quelques seaux de café. À griller des mégots du haut de mon perchoir. À ronchonner sur ma journée photo envolée. À tâcher d’oublier le grand espace désertique que renferme mon frigo. À repousser le besoin de mettre le nez dehors pour repeupler ma banquise alimentaire. Le temps que la curiosité reprenne le dessus. Que j’aille consulter le détail de l’offre de Graal à crédit. Que je constate que ça n’était pas destiné à être effectué en ligne et qu’il faudrait que je trouve un dealer de came local. Rapidement débusqué, merci Google. Mais je n’ai toujours pas l’intention de me précipiter.

Par contre,  sa localisation m’a rappelé le goût de ces copieux burgers vendus quelques centaines de mètres plus loin. L’eau à la bouche, pour le coup. Et puis, l’occasion de s’enfiler une ou deux bières au milieu de la faune. Pourquoi ne pas poursuivre ensuite en tirant le long du boulevard, jusqu’à l’Esplanade. Prendre un bain forain. Appareil photo en bandoulière. Voir ce que je pourrais capturer. Voir ce que je pourrais en retirer. Tout ça en étant repu et légèrement enivré. Ça me plaît. Ça me tente. Je vais certainement signer pour. Ou pas.

D’ici là, je suis bien décidé à évacuer quelques mots. À mettre en ligne quelques fonds de tiroirs ou autres recoins de carnets que je ne veux pas risquer d’oublier. Même si tout ça ne vaut pas grand-chose. J’ai l’impression qu’il s’agit d’un passage obligé si je veux retrouver une écriture plus fluide. Un rythme de publication plus soutenu. Des idées plus claires.

Ce magnifique ciel azuré dans ma tête.