Sous une pluie battante se meut lentement un cortège funéraire
Sous les parapluies, des yeux pleurent à verse
Spectres sombres glissant derrière un long corbillard qui roule au pas
Comme autant de nuages silencieux d’un sourd orage de fin de vie
Tous témoins de ce qui n’est jamais survenu
Chœur improvisé entonnant l’hymne aux regrets
Le requiem du grand rien

Ci-gît celui qui n’a jamais su être
Ci-gît celle qui espérait devenir
Ci-gît celui qui n’a jamais su dire
Ci-gît celle qui souhaitait s’épanouir
Ci-gît celui qui projetait
Ci-gît celle qui rêvait

Où sont donc les cuivres ?
Trompettes et trombones ?
Quel est donc ce chant lancinant ?
Quelle est donc cette plainte murmurée ?
Le chœur cortège s’arrête un temps
Mais le temps lui ne l’attend pas
Rieur, moqueur, il court par-devant et s’échappe au loin

Ci-gît celui qui a refusé d’aimer
Ci-gît celle qui n’acceptait d’être heureuse
Ci-gît celui qui regardait le seul bout de son nez
Ci-gît celle qui avait peur d’en demander trop

Poussière, tu redeviendras poussière
Sous terre, tu finiras comme repas pour les vers
Avec un soupir ils t’enfouiront
Dans un souffle ils te brûleront
Leurs larmes couleront sur le reflet trouble de leur vie
Oui, tu n’es plus que cela maintenant
Non, tu n’as jamais été beaucoup plus

Ci-gît celui qui n’a jamais pleinement été
Ci-gît celle qui n’a jamais pleinement vécu
Sous le marbre sale du tombeau des regrets