J’avais souhaité un hiver de carte postale. L’un de ces hivers au blanc immaculé d’une épaisse couche de neige poudreuse qui trouve pour écho l’azur d’un ciel ensoleillé et dégagé. Mais cette année encore, mon vœu n’a pas été exaucé. Une fois de plus, j’ai dû me contenter d’un festival de mauvais remakes de journées de novembre. Grises. Humides. Insipides. Déprimantes. De quoi installer un engourdissement, d’abord, un abrutissement, ensuite, pour finir sur une grande lassitude. Un pis-aller d’hiver typique de ceux que je ne supporte pas. Ou mal. Parce qu’ils me laissent toujours de sales traces au moral. Avec le temps, l’habitude, et quelques efforts sérieux consentis l’année dernière, j’arrive tout de même à mieux encaisser cette grisaille que je ne l’ai jamais fait jusqu’alors. Une simple question de verre à moitié plein, sans doute.

Pas de quoi faire le fanfaron, non plus. Je n’écris presque pas, avec tous les dommages collatéraux que cela peut impliquer. Je lis beaucoup moins, également. Mais ce dernier point vient atténuer l’absence d’écriture : moins de choses en tête à assimiler, trier, intégrer. Dans une certaine mesure, je peux dire que ça limite les risques de grosse casse. D’autant que j’arrive à contenir mes envies d’achats compulsifs de livres depuis plusieurs semaines maintenant. Ainsi, si la pile de livres à lire ne diminue guère, j’ai cessé de la gaver comme une oie à la veille des fêtes de fin d’année. Verre à moitié plein, disais-je ? Bref. Je pense que, si je ne me relâche pas subitement, je devrais me sortir de cet ersatz d’hiver sans y avoir laissé trop de plumes.

Ce ralentissement saisonnier m’offre également l’opportunité de mesurer le chemin parcouru ces derniers mois. D’apprécier les fruits d’une démarche d’introspection plus profonde, frôlant parfois l’autoanalyse, et accompagnée d’un apprentissage sérieux des sujets qui touchent à la psyché, à la place de l’individu au sein de la société et toute cette sorte de choses. Tout cela n’aura pas été vain, même si je sais n’être encore qu’au début, ou presque. Il reste un sacré bout de chemin et je ne sais pas à combien s’élève encore mon crédit temps pour en parcourir le plus de distance possible. Je ne veux surtout pas m’arrêter pour tenter d’en faire le compte. Ça ne m’apporterait sans doute rien de bien réconfortant. Ça me semble, dans tous les cas, bien inutile et illusoire.

Et puis, maintenant que j’ai réussi à remettre l’envie en route, que je commence à comprendre comment canaliser mes idées et en apprivoiser les plus sombres, je ne pourrai que difficilement ignorer le travail qu’il me faut faire du côté physique. Ce fichu corps. Ce fardeau dont je ne peux me défaire. Il va bien falloir que je lui accorde un peu plus de soin, désormais, à cette charogne. Mais je me connais trop bien et il me faudra piocher comme un forcené pour trouver le gisement de motivation qui me sera nécessaire pour cela. En l’état, la grisaille ambiante ne m’aidera pas. Les journées courtes me mettront des bâtons dans les roues. Et les déceptions qui ne manqueront pas de montrer le bout de leur nez lors de mes premiers exercices risqueront de trouver trop de prise. Alors, je me prépare doucement et patiemment.

Si je n’ai pas à devoir attendre la fonte des neiges, j’en suis tout de même à pester contre les nuages.
À guetter les éclaircies.
À m’assurer des heures de coucher de soleil.
À abattre un à un les jours d’hiver qui demeurent.

Nom d’une pipe !
Pour ne pas risquer de casser la mienne…
J’ai besoin de ciel bleu.
Je veux du printemps.

Vite.