Chaque semaine, je m’accorde une amnésie.
Aller et retour.

Pendant quelques heures, je ne suis qu’un automate au volant d’un engin motorisé. Un pilote automatique de chair et de sang, assisté par un autre pilote automatique électronique. Cet agrégat avale des kilomètres. Sans véritable raison. Sans appétit. Sans problème de digestion.

Pendant quelques heures, ma vie est mise entre parenthèses. Elle n’importe plus. Elle ne me préoccupe plus. Ne me dérange plus. J’évolue dans un léger vrombissement. Dans une galaxie de lumières qui apparaissent et grossissent. D’autres qui diminuent pour ensuite disparaître. Souvent les mêmes, observées comme l’avenir, le présent et le passé.

Pendant quelques heures, je ne réfléchis pas, je n’analyse pas. Je perçois, j’anticipe, j’observe, je réagis. Mais sans véritable plan. Sans quête de sens. J’oublie de chercher à savoir qui je suis, quel est mon rôle, si seulement il y en est un qui puisse m’être réservé et quelle en serait alors la raison.

Pendant quelques heures, je ne suis qu’un figurant d’un clip vidéo. Mon seul privilège : j’ai choisi la musique avant de démarrer le moteur. Décor et parcours seront invariablement les mêmes, seules les lumières et les conditions climatiques pourront changer.

Une autre façon d’appréhender la traversée des saisons.
Une autre manière de voir le temps s’écouler.

Déterminer un point A et un point B.
Les relier.
Recommencer.

Ad libitum