Je viens sans doute de passer le week-end le plus insignifiant de l’année. Je savais, déjà en rentrant vendredi soir, que ce risque était grand.

Je venais de finir la semaine en me débarrassant de quelques dossiers pénibles au boulot. Des épines dans le pied qui m’avaient plombé pendant plusieurs semaines et commençaient à laisser des traces sur la motivation et le moral. J’avais également pris possession de la consolation matérielle que je m’étais offerte en guise de cadeau de Noël avant l’heure. Cette tablette graphique que je souhaitais rapidement brancher et tester. Je sentais aussi un peu plus de place disponible sous le crâne pour avancer sur des petits projets personnels, un peu futiles, mais surtout très agréables. Et, comme c’est désormais une habitude, quelques livres auxquels je comptais accorder de longues tranches d’attention m’attendaient.

Mais il y avait également ce froid humide et gris de novembre qui avait réussi à tapisser mon humeur, comme chaque année, avec le risque que je me retranche dans une profonde hibernation sociale et relationnelle. Et, surtout, cette fatigue tenace composée de journées parfois trop chargées et difficiles, de trajets fréquents dans des conditions rendues un peu plus délicates par le temps de saison, ainsi que de trop peu de nuits pleines et sereines. Un corps mal entretenu qui se contractait et se recroquevillait. Un mental sursollicité qui menaçait de vaciller et ne demandait qu’à souffler un peu. Des yeux brûlés d’avoir été trop longtemps ouverts, de trop d’écrans, de trop de brouillard, de trop de pluie, de trop de neige, de trop de phares.

Un gouffre entre les envies et les capacités nécessaires pour les concrétiser. Des idées prétendument limpides qui se mettent à s’emmêler dès que je cherche à les préciser. Des pages imprimées qui ne laissent qu’une trace éphémère malgré leur richesse. Des lignes de code qui s’emboîtent convenablement mais pas au rythme souhaité. Je ne me déplace qu’en hésitant et en titubant, tel un automate mal fichu, incomplètement programmé. Il y a quelque temps de cela, un tel état m’aurait d’abord énervé. Puis m’aurait frustré au point de me mettre le moral au plus bas.

Mais ça n’a pas été le cas. Je me suis permis de renoncer. J’ai accepté d’abandonner, l’espace de quelques heures, d’un peu plus d’une journée. Je me suis contenté de choses légères et de vagues de somnolence, lorsqu’il ne s’agissait pas de siestes revendiquées. Je me suis sciemment laissé aller à traîner, sans la moindre once de culpabilité. Pas au point de tordre le cou à ma fatigue, une bonne fois pour toutes, malheureusement. Mais suffisamment pour me sentir plus reposé. La nuit qui m’attend devrait apporter sa contribution et me permettre de commencer une nouvelle semaine dans de meilleures conditions.

Je devrais pouvoir finir cette année sans m’effondrer.