#1 : Bric-à-brac et futilités

J’ai beau utiliser Git pour mes développements personnels, je me retrouve parfois dans des situations de chaos total entre les versions d’un code que j’ai en production sur un serveur Linux mais également en développement sur un portable Windows et un desktop Mac OS. Je verrais bien une allusion aux fameux cordonniers quelque part là-dedans. Mais je vais m’abstenir. Bref. Entre la version en ligne de ce site et les morceaux complémentaires que j’ai dans mes cartons, c’était le foin. Comme j’avais prévu de nettoyer un peu les « templates », j’ai profité de l’occasion pour remettre les choses en ordre et (enfin !) retrouver une version de développement opérationnelle sur le Mac, mon vaisseau amiral.

Avec ce beau monde maintenant bien en rang, j’ai pu me mettre en conformité avec moi-même : exit les liens de partage via les réseaux sociaux. Et comme j’étais bien parti, j’ai également œuvré à me débarrasser du recours à Google Fonts pour habiller ces pages. Désormais, tout est servi en local. Sans cookie. Sans tracker quelconque. Dans la foulée, j’ai revu la périodicité des logs du serveur, en réduisant leur rétention de 30 à 14 jours. Peut-être pas encore totalement « DNT Compliant » aux yeux de l’EFF (à voir) mais je me sens tout de même sacrément droit dans mes bottes à ce sujet. Je sais : tout cela peut paraître bien ridicule…

Au passage, il y aura donc eu un peu de dépoussiérage du côté des CSS, quelques ajustements visuels subtils (qui ne se remarquent peut-être pas, d’ailleurs), une coupe franche dans les textes de la page « À propos » (ça ne pouvait pas faire de mal) et l’arrivée d’une page 404 stylée. Si, si. Au registre des choses « inutiles donc indispensables », je ne pouvais faire autrement qu’apporter ma contribution lors de ce menu rafraîchissement.

Des broutilles. Que des broutilles, donc.
Mais, au moins, « ça, c’est fait ! ».

#2 : Personnalité et identité(s numériques)

Il était presque couru d’avance que, en remettant le nez dans le sujet d’un à-propos adapté, je prenais le risque de me refaire des nœuds au cerveau à brasser (une énième fois) les notions d’identité, d’ipséité, de personnalité, et des autres joyeusetés apparentées. Ça n’a évidemment pas loupé. Mais comme j’étais tout de même sur mes gardes, et bien décidé à rester concentré sur le futile (oui, là aussi, il y a matière à réflexion : comment peut-on associer concentration et futilité, etc.), j’ai réussi à ne pas y passer mon dimanche après-midi. Je progresse donc en termes de lâcher-prise. Oui, c’est une forme de verre d’eau à moitié plein…

Les figures et fonctions de nos identités numériques apparaissent donc comme très paradoxales : d’un côté, nos usages du monde numérique, et plus particulièrement de l’Internet, créent des traces qui constituent la source de services que les utilisateurs constituent à personnaliser eux-mêmes. Échangeant leurs favoris, leurs photos, leurs informations de toutes sortes, les utilisateurs révèlent leurs préférences et renforcent l’utilité du service qu’ils sont en train d’utiliser. D’un autre côté, l’exposition de soi ne signifie pas un renoncement au contrôle de son image. Elle témoigne, au contraire, d’une volonté que l’on pourrait presque dire stratégique de gérer et d’agir sur les autres en affichant et en masquant certains traits de son identité. Il s’agit alors de prendre soin de son identité (au sens des tactiques du Care), car au-delà de la défense de la vie privée (privacy), il en va aussi de l’auto-réflexivité comme de la mémoire et de l’oubli de ce qui nous relie.

Jean-Paul Fourmentraux - Introduction du recueil collectif “Identités numériques - Expressions et traçabilité”

Il va sans dire que je compte revenir là-dessus assez rapidement. Histoire de fermer un chapitre (et de préparer le suivant, sans aucun doute). En tout cas, j’aurai besoin d’en remettre une couche, au moins dans le but d’étoffer mes notes, de documenter mes propres pérégrinations, et éventuellement donner des suites non programmées à plusieurs billets déjà publiés par ici.

#3 : Que le temps passe (trop) vite !

Cela fait quasiment 5 mois que j’ai pris possession de ma tanière grenobloise. Déjà. J’ai toujours un peu de mal à le réaliser, d’autant que si je me suis instinctivement approprié le lieu, je ne l’ai toujours pas véritablement aménagé ni décoré. Ces fameuses pièces vides le sont encore en partie. J’ai tout de même enfin pris le temps de commander quelques tirages photos noir et blanc, que j’ai mis sous cadres. C’est un bon début mais… Il va falloir que je pense à les accrocher aux murs tout de même. Et maintenant que nous sommes entrés dans les saisons froides, l’absence d’un four pour la cuisine va commencer à devenir frustrante.

C’est un peu comme ce second caisson à tiroirs, toujours en attente dans son carton. Il faudra bien que je finisse par l’assembler, lui aussi. Le besoin devient criant tant je manque de rangements dans ce bureau. Ah, le bureau… C’est bien la pièce qui a eu le droit au plus d’attention de ma part. Il faut dire que j’y passe beaucoup de temps. Pour le boulot qui paie les factures et remplit le frigo mais aussi ces autres activités qui m’enrichissent bien différemment, parfois contre toute attente. J’entasse des livres, je disperse des mots, je m’emmêle parfois les pinceaux en jouant avec de drôles d’idées. Drôles, notez, mais pas si folles. J’en oublie le temps qui passe. C’est d’ailleurs tout mon temps libre qui y passe…

Je fais donc très peu de photo, tout comme je mets peu le nez dehors en ce moment. Un comble ! Mais mes lectures et les réflexions qu’elles font naitre m’engloutissent, presque malgré moi. Ne nous méprenons pas : je ne m’en plains pas. Les quelques assemblages que j’avais en tête s’en voient validés ou rejetés, complétés ou simplifiés. Au fur et à mesure, je fais du tri dans ce capharnaüm qui me sert de tête, quelques projets naissent ou se précisent. Et je m’amuse, de temps à autre, d’avoir une double casquette d’acteur et de spectateur de ma propre évolution. Du moment que je n’en perds pas tout sens critique, c’est le principal.

Tiens ! Au croisement des projets qui se précisent et du temps qui passe, il y a ce billet-là qui date d’un an - jour pour jour - et dont le contenu me titille de plus en plus. Je crois que j’ai bien envie de commencer à en faire quelque chose d’un peu plus concret avant de changer d’année, même s’il ne s’agit que d’un prototype un peu bancal.

#4 : Reboot ?

Bien que vraie et profonde passion, l’informatique n’en a toujours été qu’une parmi beaucoup d’autres. Pas la première, ni la principale, mais sans doute la plus acceptable dans le sens du « pragmatisme professionnel ». Je n’avais pas compris, qu’à l’époque, faire ce choix signifiait mécaniquement d’en sacrifier d’autres. Sans que la raison ne le justifie, qui plus est. C’était juste comme ça. On ne devait pas mélanger serviettes et torchons. Les arts ou les lettres ou les sciences ou les techniques. La gourmandise d’un menu avec fromage et dessert n’était pas acceptable. Pourtant, j’ai rapidement compris que l’informatique pouvait être partout et ne devait surtout pas être à part. Qu’elle ne devait pas être encensée comme c’était alors le cas mais vue comme un outil à la potentialité non encore définie et dont l’intérêt ne résidait que dans son association aux autres disciplines.

Pour comprendre ce que sont et ce que deviennent les humanités numériques, il faudra continuer à suivre ce que font les chercheurs, les États (par exemple leurs Plans numériques), les industriels géants qui vivent des traces de nos activités, les groupes sociaux concernés (activement impliqués ou impacts) par ces nouvelles pratiques, prendre en compte ce qu’ils fabriquent comme objets, affaires, marchés, usages, institutions, dérives, réseaux et contre-verses. Il ne suffit pas d’une bonne initiation à l’informatique ; il faut aussi pouvoir décoder les liens, nombreux et complexes entre les connaissances produites, les instruments et collectifs d’acteurs qui contribuent à façonner ce que deviendra notre société numérique.

Des questions se posent toutefois car le numérique peut évoluer de mille façons et toutes ne sont pas équivalentes. Elles ont des conséquences différentes sur nos relations (dépendance, autonomie surveillée, libre consentement), nos projets, nos cultures et nos trajectoires, sur les formes d’inclusion et d’exclusion, sur les hiérarchies et les inégalités, sur la force du lien social, et sur l’évolution de l’humanité. Des choix, y compris éthiques, sont devant nous : quelles limites nous donnons-nous à la collecte et à l’exploitation des données sur autrui (individus, communautés et groupes sociaux) ? Nous obligeons-nous à une complète transparence et surveillance mutuelle généralisée ? Quelle place laissons-nous aux très grandes entreprises multinationales dans l’orientation de nos comportements, dans la gestion de nos patrimoines culturels et dans la définition des politiques de nos États (recherche, éducation, santé, sécurité, etc.) ? Quels rapports voulons-nous développer avec notre passé et avec les autres communautés humaines ? Comment régulons-nous les mésusages (par exemple à des fins d’espionnage) des outils que nous développons en pensant au progrès de l’humanité ?

Dominique Vinck - “Humanités numériques : la culture face aux nouvelles technologies”

Évidemment, à la période de mes choix d’orientation scolaire, cela ne semblait pas si flagrant. Ça sonnait aux oreilles « des ceux seuls qui savent » comme des rêveries d’enfants ou des délires d’adolescents. La Matrice faisait à peine son apparition dans les romans de William Gibson et le Web n’existait pas encore. J’avais choisi l’informatique, j’allais donc bouffer des maths, de la chimie et de la physique à en vomir. Ce que je me suis empressé de faire à peine un Bac en poche, pour ensuite fuir les études comme la peste. Et si cette discipline des humanités numériques avait alors existé, qu’aurais-je fait ? Aurais-je seulement choisi de m’y engager ? En toute sincérité, je ne le pense pas. Pas à cette époque de ma vie. Pas avec ma vision étroite de la vie à cet instant. Je sais très bien que je projette un regret sans fondement ni existence. Et la différence entre celui que j’étais alors et celui que je suis maintenant est là. Si je me sens prêt pour les humanités numériques aujourd’hui, cette idée ne m’aurait pas même effleuré l’esprit à l’époque.

Cela fait quelque temps que j’envisage une reconversion, sans savoir quelle en serait sa forme. Juste qu’il ne s’agirait pas d’une remise à zéro, mais plus d’un redémarrage. Je me suis même fixé une échéance pour cela, que j’ai annoncée explicitement aux personnes qui pourraient encore être concernées. Au fil de ces derniers mois, l’éventualité de quitter le privé pour des activités plus académiques ne me paraît plus si insensée. Je ne suis pas non plus particulièrement effrayé par les remises en question. Malgré tout ce que cela peut impliquer à mon âge et dans ma condition sociale. Il faudra sans doute que je commence par adapter mon train de vie. Ce ne sera peut-être pas aisé mais, que je franchisse le pas dans cette direction-là ou une autre, cela ne pourra me faire que le plus grand bien. De toute manière, qui sait ce qui peut se passer d’ici-là ?