Ici est le lieu du quotidien.

Le lieu du matériel, du concret, des tâches, de la routine, des soucis et des compromis. Ici pourrait être vu comme un lieu sans poésie. Ici ne serait alors qu’un éternel point de départ. Un starting-block pour prendre la fuite. Mais Ici est également le lieu où les choses se passent et le temps s’écoule. Ici est ainsi le lieu de la vie. Et si la douceur d’Ici ne dépend pas toujours que de nous, nous en restons tout de même pour part responsables ou complices. Décorateurs amateurs d’un enfer ou d’un paradis. Metteurs en scène, acteurs, figurants d’un présent chaque jour renouvelé.

Là-bas est le lieu du désir et de demain.

Le lieu des envies, des promesses, des projets, de la nouveauté et des résolutions. Là-bas pourrait être vu comme un lieu que nous remplirions de poésie. Là-bas serait alors un objectif, une destination. La ligne d’arrivée où l’on pourrait enfin se relâcher et respirer après une course folle. Là-bas est une toile tendue, blanche, sans tache ni accroc, destinée à nos projections. Nous y affichons notre cinéma, nos films intérieurs. Jamais de drames. Que des happy ends. Restons Ici et ce Là-bas jamais rejoint créera la frustration. Soyons courageux et bientôt ce Là-bas se transformera en notre paradis.

Le temps que ce Là-bas redevienne un Ici.

Oh ! Attendez !
J’ai l’impression que tout cela se complique…

Mais cela a-t-il seulement été simple, un jour ? Si Ici peut précisément se définir, Là-bas est entièrement variable. Que l’on regarde devant. Que l’on regarde derrière. Pour beaucoup, Ici est toujours mieux que Là-bas. Vous ne croyez pas ? Ici est le point d’arrivée ; Là-bas, le point de départ. Dès lors, si l’on se sent mieux Ici qu’on ne l’était Là-bas, pourquoi envisager un autre Là-bas plutôt que de rester Ici ? Des questions, des doutes, des angoisses, des névroses et une folie aux aguets. Mais heureusement, arrivé au pic de la panique apparaît enfin l’endroit magique. Celui que chacun de nous imagine un jour : l’Ailleurs.

Ailleurs est le lieu de pure poésie.

Le lieu des rêves, tout simplement. Un lieu sans couleurs ni odeurs définies. Au son blanc et à la lumière éblouissante. Mais douce. Est-ce seulement possible ? Pourquoi ce doute ? Tout est possible, Ailleurs. Ailleurs n’existe que pour cela. Ailleurs n’existe qu’en cela. Ailleurs n’existe qu’en soi, il ne peut en être autrement. Sous peine de perdre l’Ailleurs pour un Ici ou un Là-bas. Tout cela n’a aucun sens, n’est-ce pas ? Ou tout cela n’est que sens. Mais ni devant, ni derrière. Ni avant, ni après. Ni véritablement maintenant. L’Ailleurs est également hors du temps.

Hors de la raison.
Hors de la conscience.

Alors, où que je sois, je ferme les yeux.