Depuis presque un mois, ma vie s’est remplie de pièces vides. De pièces vides et de cartons. Des cartons que l’on monte, remplit, ferme, charge, déplace sur quelques centaines de kilomètres pour alors les décharger, ouvrir, vider, démonter. Des cartons qui rendent les pièces vides un peu moins vides. Et encore, je ne suis pas certain que leur présence ne contribue pas à les faire paraître encore plus vides, ces pièces vides. Il y a aussi des cartons qui apparaissent et qu’il faudra faire disparaître. Pendant un temps, ils serviront à eux seuls à en envahir une, de ces pièces vides. Mais ça fait du vide soudainement trop plein de rien. Enfin, bref…

Je disais donc que ma vie s’est remplie de pièces vides. De pièces vides et de questions. Des questions bêtes et utiles, celles d’un nouveau quotidien. Celles auxquelles il faut répondre pour choisir des meubles, de l’électroménager, des rangements et d’autres futilités. Des questions terre à terre qui m’aèrent un temps l’esprit d’autres questions plus propices aux vertiges. Des questions simples avec des réponses simples mais pas toujours évidentes à trouver. Et viennent ensuite d’autres questions, qui sont déjà des réponses à des questions existentielles antérieures. Des questions dont les réponses seront certainement la base de nouvelles habitudes, de nouvelles routines.

Mais revenons à ces pièces vides. Ces pièces vides et ces drôles d’envies. Des envies de dehors au fur et à mesure que je construis ce cocon du dedans. Des envies d’être seul mais immergé dans le flot des autres. Des envies de me perdre dans une ville que je connais déjà bien mais que je dois redécouvrir. Des envies de photo qui me reviennent sans crier gare et qui chargent systématiquement mon sac à dos lors du moindre déplacement. C’est étrange après tant de temps d’avoir toujours autant d’envies. Ça m’est rassurant de constater que j’ai encore des envies. Que j’en ai même de nouvelles que je ne soupçonnais plus depuis bien longtemps…

Depuis presque un mois, ma vie s’est complétée. Par des pièces vides mais riches de promesses. Comme autant de pages blanches en de multiples dimensions : l’espace, le temps, les sens, les rêves et les projets. Il y a une part d’inconnu, des incertitudes et des doutes également. Autant d’éléments qui me font me sentir avide de vie alors que je pensais attendre patiemment mon extinction. Alors que je pensais pouvoir me contenter de ma condition sans espérer autre chose. Ça me déstabilise un peu. Ça m’effraie beaucoup. Mais au-delà de toute attente, ça m’excite plus encore.