Voilà.

Il est plus que temps de consigner par écrit, explicitement et en pleine conscience, un processus qui a été entamé il y a quelques années de cela déjà. Il est temps que je m’applique à mettre des mots et des images sur cette partie de moi que j’ai longtemps considérée comme un fardeau, la cause probable de ma perte à venir supposée ;  sur cette masse à la forme indéfinie, si sombre, si dense, que j’en éprouvais moi-même une peur primitive, tout en ne pouvant m’empêcher d’être fasciné et attiré par elle.

Je me demande aujourd’hui si cette étrange créature tapie dans l’ombre - et que je pensais vouloir m’engloutir - n’est pas, au final, la principale source d’énergie qui m’aura fait avancer jusque-là et m’aura procuré l’étrange sentiment que je perçois actuellement : envisager d’avancer bien au-delà encore. Cette bête-là ne m’effraie plus. Je ne veux plus la fuir. Au contraire, j’ai le besoin de découvrir comment l’apprivoiser.

Je sais, désormais, qu’il y a une quête dans ma démarche. Une quête spirituelle, sans aucun doute, mais pas une quête de spiritualité. Je ne suis pas capable, aujourd’hui, d’exprimer clairement, avec des mots  adéquats, la distinction que je fais entre ces deux approches. Pourtant, cette distinction existe et je la ressens importante. J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir, d’en reparler, d’ajouter de nouveaux mots et un sens plus aiguisé. Qu’importe. Nous verrons bien ce qu’il adviendra de tout cela.

Si l’on s’en tient à la logique froide, le constat que je vais écrire d’ici quelques mots est d’une évidence criante et imparable : j’estime que je n’atteindrai une certaine paix qu’une fois que je serai en mesure de m’accepter. Mais pour cela, il faut au préalable que je me découvre, me trouve, m’observe et commence à me comprendre. Ce constat-là était à la fois juste et faux : plus qu’une paix intérieure, je vise la plénitude. Ma plénitude.

J’ai déjà fait les premiers pas. Je m’interroge même sur le chemin que j’ai déjà parcouru sans trop y prêter attention. J’ai cette étrange impression que ces pas - sans motivation exprimée - sur ce chemin - sans connaissance ni choix conscient a priori - m’ont amené plus loin que je ne l’avais constaté jusqu’à aujourd’hui. Plus loin que je ne l’avais secrètement espéré. Trop loin pour que je puisse maintenant l’ignorer.

Si je me retourne, je ne vois que le voyage qu’il me reste à faire. Un peu comme s’il m’était impossible de véritablement voir mon passé. Je n’en éprouve pas le besoin. Je le sens plus omniprésent que jamais dans ce carburant qui m’aide à me mouvoir. C’est quelque chose que je ne comprends pas vraiment pour l’instant. Je ne suis même pas convaincu de me l’expliquer un jour.

Paradoxalement, je l’accepte sans retenue.
Et je m’en réjouis.