Dans le cadre de sa correspondance publique, David me fait part de son ressenti au sujet de mes récentes réflexions sur la publication Web. C’est depuis ce carnet que j’ai choisi de lui adresser ma réponse.

David,

J’aurais aimé endosser un costume d’avocat et nier en bloc ton propos. Ou celui, plus courant, de VRP et te convertir à mon si bel argumentaire, vantant un produit magique pour ne pas dire miraculeux. Mais j’ai renoncé à cette démarche fallacieuse et je préfère profiter de cet échange pour passer aux aveux.

L’entrain et le ton faussement mobilisateur dont j’ai fait preuve lors de l’écriture de “Noir sur blanc” et de ses quelques annotations complémentaires ne sont pas loin d’être des subterfuges. Il m’a semblé plus facile - et réjouissant - de recourir à une illustration personnelle du “solutionnisme” pour la formulation, que d’avouer mon impuissance et mon renoncement concernant le fond.

Depuis quelques années déjà, je m’efforce de faire le deuil du Web qui m’a tant fait rêver. Et des étapes de ce processus, j’atteins l’acceptation, bien que plus péniblement que je ne l’avais imaginé. Mes récentes pirouettes et autres défilés de fanfare servent également à camoufler un problème d’ordre personnel, plus profond et plus délicat à confesser : ma perte irrémédiable de confiance en l’être humain.

Les aigreurs de l’âge - peut-être -, les mauvaises expériences et les événements récents - sans doute -, ne sont pas étrangers au ressentiment qui mine mon quotidien. Je reconnais avoir baissé les bras là où tu continues à tenir ton bâton. Je me suis résolu à faire mien le proverbe “Nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre”. Au point où, dans un dernier sursaut, je me laisserais presque tenter par un recours aux approches coercitives que je tiens tant à dénoncer par ailleurs.

Comme toi, je ne souhaite freiner aucune initiative. Contrairement à ce que pourraient laisser présager mes écrits, je ne souhaite guère plus en inciter. Tout au plus contribuerais-je à la fourniture de quelques briques qui, prises à part, présenteraient avant tout un intérêt en tant que commodités dans un contexte plus artisanal et plus frugal.