Je me donne l’impression d’être un parfait cliché.

Depuis quelques temps déjà, j’ai ressorti mes carnets papier. Que je griffonne parfois comme un possédé. Que je nourris de post-it colorés, numérotés. Que je rature avec application. Que je maquille à grands coups de surligneurs aux couleurs criardes. Vert pour le bon à lâcher. Orange pour les parties à approfondir. Du bleu dans la marge avec le titre du billet qui a fini par accueillir les paragraphes et blocs en question.
Devrais-je m’inquiéter ?

Anciennement adepte du format “poche”, je me suis subitement découvert une vive préférence pour le format “large”, comme il est appelé chez Moleskine (quand je parlais de cliché…), mais à couverture souple. J’en suis même arrivé à me demander comment j’avais pu ne pas choisir auparavant cette variante parfaitement adaptée. Cette question me revient à chaque fois que je referme ce carnet, après en avoir noirci quelques centimètres carrés.
Serais-je obnubilé ?

Mais je n’y consigne pas tout. Et tout ce que j’y consigne n’est jamais qu’un début. Le début d’un reste qui trouvera finalement sa forme, toujours imparfaite et incomplète, une fois de retour sur le clavier. Pas n’importe lequel, en fin de compte. Je me suis attaché à celui de mon récent ordinateur de bureau. Au grand et bel écran qui va avec, également. Je disperse les fenêtres et les applications. Et puis, j’en empile. Et puis, je privilégie celle où figure mon interface d’édition.
Pourrais-je faire autrement ?

Je me surprends chaque fois à parler de moi lorsque je veux parler aux autres, parler des autres. Je me trouve trop bavard pour un prétendu introverti. Mais je ne suis pas suffisamment exhibitionniste pour me considérer extraverti. Le narcissisme me prendrait donc au nez à la manière d’une morve furtive dans un matin d’hiver ? Je me mouche alors machinalement et inutilement. De toute façon, je ne suis que physiquement là. J’ai l’esprit ailleurs.
Pourquoi tant de questions ?

Et pourquoi devrais-je forcément avoir conscience de ma présence là, maintenant, à cet instant et dans cette pièce ? Le grand et bel écran est ma mosaïque de fenêtres. Chacune ouverte sur un monde parallèle. Onglets. Scroll. Tabulations. Je voyage comme bon me semble, quand bon me semble, dans un espace temps malléable qui comble chacune de me rêveries de l’instant. Je m’en prends plein la vue. Je m’en prends plein la tête. J’aime ça. J’encaisse. J’emmagasine. J’en redemande. J’en régurgiterai une partie ou l’autre, plus tard. Par écrit. Ou pas. 

Mais une seule chose m’échappe.
L’apparence des murs de ma pièce à rêver…