Au hasard d’une mise à jour d’Ulysses sur mon iPad vieillissant, je me suis retrouvé face à un brouillon de billet que j’avais totalement oublié. Il faut dire qu’il était dans la fameuse “Boîte pour tout” de l’application, celle qui se synchronise avec iCloud que j’utilise très peu. En prenant le temps de le relire, je n’ai pu m’empêcher de sourire et de constater que j’étais en pleine obsession depuis plusieurs mois déjà. De là à dire que je tourne en rond…

J’ai donc décidé de le publier ce soir, en l’état. Ou presque : j’ai pris le soin de corriger les plus grosses coquilles qui m’ont fait saigner les yeux au moment de la relecture; et je l’ai agrémenté de quelques liens, autres que l’unique initialement présent qui pointait vers la source de la citation. Il y aura donc certainement une forte impression de “déjà-vu” (“déjà lu” serait plus judicieux) par rapport à ce qu’il s’écrit un peu partout et ici même en ce moment.

Si vous avez quelques minutes à perdre, je vous en laisse juges.
Et c’est parti pour un tour de DeLorean, destination le 9 juin de cette année.

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But while it’s comforting to know that such great minds are coming together to address these issues that affect every Web user, it’s scary to think that it was us humans that polluted the internet and turned it into what it is today – and in all probability, we’ll ruin the next great network too.

Abhimanyu Ghoshal - “The inventor of the Web thinks we need a new one that governments can’t control”

Voilà vraisemblablement la remarque la plus juste et la plus triste que je rencontre au sujet de l’évolution du Web ces dernières années. Faut-il encore parler d’évolution ou bien pouvons-nous d’ores et déjà employer le nom “décadence” ?

Peut-être pas : cela sonnerait sans doute trop alarmiste, trop vieille bourrique aigrie et nostalgique. Je vais donc m’abstenir. Je me contenterai d’évoquer un exemple précis, un véritable fléau, souvent lié à la publicité et à la course insensée pour truster le haut des premières pages de résultats de Google : le spam de liens.

Souvenons-nous un temps de la belle époque des blogs. Le blog ne se voulait rien de plus qu’un site personnel typé journal, qu’il était facile de tenir et de publier. En cela, le blog permettait également de sortir la publication sur le web de la sphère des geeks et autres bidouilleurs éclairés et de la mettre  également entre les mains du plus grand nombre. Pour peu que ce monde là sache se servir d’un ordinateur, évidemment.

Cette démarche rejoignait parfaitement la vision du web que j’avais à l’époque : permettre à tout un chacun d’accéder aux expériences d’autrui et de partager aussi facilement les siennes propres. De nouvelles connaissances, de nouveaux témoignages, de nouvelles coutumes, de nouvelles approches, des nouveaux “etc.” à tour de bras.

Au centre de ce partage, son essence même, se trouvait le lien. Ce simple et pourtant si efficace lien hypertexte. C’est toujours le cas aujourd’hui, me direz-vous. Oui, mais dans une forme qui va de pervertie à aseptisée : lien sponsorisé, lien de surface, lien poli et consenti. Voilà la nouvelle dominante. Et ça, ça me file le bourdon dès que j’y pense un peu trop.

Bon sang ! Comment en sommes-nous arrivés là ?

Sans doute l’appât du gain tant en vogue au sein de notre espèce. Ou encore la quête sans fin de nos 15 minutes de célébrité. L’un et l’autre auront de toute manière trouvé le plus puissant catalyseur qui soit : Google. Devenu très rapidement la porte d’entrée principale, tout du moins la plus évidente, ce moteur de recherche, dans sa boulimie, a également entrainé toute une f(r)ange de personnes et de sociétés voraces.

Au troc a succédé le harcèlement puis le passage en force. Les blogs, avec leurs possibilités de laisser des commentaires et des rétroliens sont alors devenus des cibles de choix pour toute cette bande de parasites. On a ajouté des plugins antispams pour protéger nos précieuses zones d’interaction, puis on a eu recours à des services antispams externes, tellement la chasse aux vauriens devenait exigeante en termes de ressources.

La suite, nous la vivons présentement - et ce site en est une triste illustration -, de nombreux blogs ont fini par fermer leur système de commentaires et de rétroliens. Histoire d’avoir la paix. Histoire de rééquilibrer la balance entre l’énergie nécessaire à remettre les choses en l’état et celle permettant de publier, créer, partager. La saveur de l’outil s’estompe (et je fais volontairement abstraction de l’effet de mode connu à partir de 2005/2006).

Je pense également que ce déclin a été amplifié par l’arrivée de l’iPhone et des smartphones du même acabit qui ont rapidement suivi. Les besoins de mise en ligne ont soudainement évolué, qu’il s’agisse des formats, aussi bien que de l’instantanéité. Au final, avec le désamour naissant des blogs, le Web perd un bon petit soldat qui incarnait pourtant si bien ses valeurs originelles.

Une autre question que je me pose régulièrement ces derniers temps : dans quelle mesure cette lassitude face au spam a pu conduire nombre de blogueurs vers des plateformes comme Facebook et Twitter ? Pour ma part, un doute planera toujours, quand bien même cette cause (une parmi d’autres) ne serait pas avérée. Est-ce que la fuite du spam a conduit certains d’entre nous droit dans la gueule des loups-silos ?

Quoi qu’il en soit, désormais, aux côtés de la porte principale qu’est devenu Google, les seules autres portes apparentes s’appellent “réseaux sociaux”. Et je déteste cette appellation. Outre qu’il s’agit de jardins clos, ce qui me dérange le plus dans “réseaux sociaux”, c’est ce satané pluriel, même pas signe de diversité. Internet est Le réseau social. Il est multicouches, multi-protocoles et protéiforme. Le web est sans doute, jusqu’à maintenant, sa plus belle représentation graphique.