Comme tous les soirs, depuis de longs mois, je rentre chez moi éteint.

La journée qui vient de passer a encore sérieusement entamé mon énergie. Elle n’en a pourtant pas été intense pour autant. Juste chargée. Chargée en choses à faire, en problèmes à régler, en situations à gérer et en interactions à absorber. Chaque soir le constat est le même : chaque journée a terriblement ressemblé à la précédente. Ça en deviendrait presque désespérant.

Je pourrais bien me mentir un peu en faisant endosser la faute entière au “contexte” et à mon environnement. Je pourrais accuser ce flot incessant d’interruptions par mes collègues, de demandes de nos clients et de nos partenaires, par email, par téléphone, etc. Je pourrais pointer du doigt ces multiples dossiers où l’on passe plus de temps sur les chiffres des métriques, des coûts, des marges et de la rentabilité que sur les services supposés rendus.

Mais ce serait m’inscrire dans un profond déni. Ce serait pleurnicher dans une situation loin d’être inconfortable et que d’autres m’envieraient. De toute manière, je n’y croirais pas vraiment tant je sais ma part de responsabilité également importante. Tout cela pour dire que je passe une trop grande partie de mon temps à faire et à gérer, mais pas à créer. Parfois même à ne pas produire. C’est un comble. C’est triste. Mais c’est un peu comme cela. “Ça fait partie du job…”. Surtout, ça le restera tant que je serai complice.

Pour avancer, j’ai généralement besoin de bousculer un peu les choses et les personnes. À commencer par moi. J’avoue en avoir un peu perdu l’habitude. Que de toute manière je n’ai jamais été très à l’aise avec cette méthode. Que le déclic ne se représentera pas facilement et que j’aurai du mal à le provoquer. Mais ce n’est pas non plus un cas désespéré. Je pense même percevoir un très bon signe qui pourrait tout changer.

Comme tous les soirs, depuis quelques semaines, je rentre chez moi un peu moins éteint que la veille.