J’ai une tendresse toute particulière pour le terme “tribu”.

Je ne me l’explique guère. C’est juste bizarrement ancré en moi. C’est ma notion de la famille, de celle qui s’étend en dehors et/ou au delà des simples liens du sang. C’est une idée d’amis et d’amis de mes amis qui porte la promesse et l’espoir d’une société ouverte et tolérante. Un cercle en mesure de comprendre et d’accepter, sans pour autant devoir approuver. Des opérations d’ensembles avec des inclusions et des différences qui ne se traduisent pas systématiquement par des exclusions.

Je sais que dans ma tribu, d’autres aiment tout autant que moi cette appellation. C’est amusant, réconfortant et un peu surprenant mais-pas-trop-au-fond-tout-de-même. Nous nous sommes trouvés il y a longtemps déjà, quoi de plus naturel que de se retrouver encore et toujours régulièrement. Nos liens ne sont pas ceux du sang, c’est une évidence. Mais alors quels sont-ils ?

Les réponses qui viennent le plus simplement parlent d’intérêts communs, d’idées partagées, d’affects, etc. Normal : il y a tout cela. Mais dans ma tribu, la forme qui pourrait être la plus visible est le lien… hypertexte ! Oublions d’emblée la connotation “geek” qu’il serait réducteur d’apposer dans ce cas. Plus que tout, épargnez-moi l’adjectif “virtuel” ou je vous colle une beigne. Il y a tellement de concret et d’humain, de palpable, de réconfortant, derrière chacune de ces adresses HTTP que vous paraitriez idiot de vouloir qualifier ça de “virtuel”. Mais je m’égare.

Les hyperliens donc…

Pour les plus jeunes ou les plus oublieux d’entre vous, il était coutume de trouver des personnes qui publiaient leurs pensées, émois, trucs et astuces, photos, recettes et bons conseils sur des trucs que nous appelions alors “blogs”, voire “sites persos”. Et c’était tellement bien ! Ces mêmes personnes, perdues dans leur folie du partage, maintenaient également des listes de liens vers d’autres énergumènes du même genre. Et plus souvent qu’on ne pourrait le croire, ces simples liens hypertextes étaient les graines d’autres liens sociaux, plus “conventionnels”. Non, non : ce n’est pas un mythe urbain.

Communément, une “blogroll” apparait soit dans une colonne attenante au contenu principal, soit sur une page qui lui est entièrement dédiée. Tout cela existe toujours mais tend à disparaitre. D’ailleurs, il y a bien (trop) longtemps que je n’en maintiens plus. Je l’ai inconsciemment remplacée par des abonnements dans mon agrégateur de flux. Au final, je suis toujours de près mes amis mais je ne partage plus publiquement ces liens vers eux. À tort. Et puis leurs nouvelles se noient parfois dans la masse d’information de cet agrégateur que j’utilise avant tout comme un outil de veille.

Back To The Future

Je me suis souvenu de l’extension “Liste de liens” dans Dotclear v1.x et de l’option attenante permettant de qualifier les relations humaines et sociales derrière les URLs. Impossible de remettre le nom sur la spécification utilisée, j’ai regardé du côté du plugin Dotclear v2.x pour retrouver cela. Au premier coup d’œil, je n’y ai rien trouvé. Déception. Tristesse. Jusqu’à ce que j’en parle directement avec Captain Dotclear, il y a quelques semaines de cela. Il a écarquillé les yeux, dégainé son interface d’administration, cliqué 2 ou 3 liens pour finalement me tourner son écran et me montrer, moqueur, que tout cela était bel et bien toujours d’actualité. Que non seulement j’avais une mémoire de poisson rouge mais que j’avais également le cerveau d’un crustacé.

XFN ! La voilà, cette vieille et simple spéc alors et encore utilisée. En m’y replongeant à nouveau, je me dis qu’elle est amplement suffisante pour ce que j’ai en tête. Au moins dans un premier temps, celui du prototype. Du même acabit, j’avais souvenir du format d’échange XBEL, également utilisé par le plugin Dotclear. Plus adapté que l’OPML - à mon goût -, pour échanger une blogroll car en mesure de véhiculer les informations XFN. Oui, je sais : en quelques lignes, vous avez peut-être l’impression d’assister à un cours d’archéologie appliquée au Web et aux blogs. Mais il reste des trésors cachés qui ne demandent qu’à être déterrés en cette période sombre de cloisonnement en silos.

Opération recyclage

Pourquoi ne pas exploiter tout cela, quitte à remettre certaines parties aux goûts du jour, pour rétablir des liens sociaux et dynamiques au sein d’un réseau de blogs ou de sites personnels auto-hébergés ?

Quand je parle de remettre certaines parties aux goûts du jour, il ne s’agit pas de réinventer la roue. Ce serait stupide. À la limite, nous pourrions envisager de porter XBEL vers une version JSON, histoire de nous débarrasser d’un éventuel analyseur XML. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Personnellement, je n’en suis pas convaincu. Par contre, dans la façon de diffuser, d’échanger ces informations par XBEL, il me semble désormais nécessaire d’adjoindre une notion de droits, de filtres, si ce n’est authentification.

Par défaut, en tout cas pour le plugin “Liste de liens” de Dotclear, l’ensemble des données est publiquement récupérable, dans son intégralité. Par tout un chacun. Barbouzes, escrocs et spammeurs compris. Et j’avoue que ce point me dérange. Les événements de ces dix dernières années ont mis à mal ma vision utopique du Web, explosé les deux genoux de ma confiance et noyé à jamais ma naïveté.

L’une des pistes pour gérer cet aspect de distribution sélective tient dans l’un des mots de ma phrase d’introduction.

Les amis de mes amis, etc.

Imaginons un instant la mise en place d’un système d’authentification simple, aisément décentralisable et assez ouvert. Genre… Hmmm… Au hasard… IndieAuth. Au delà de l’authentification, nous avons surtout ce qui nous intéresse dans le cas présent : l’identification. Si cette identification correspond à l’un des liens de notre liste, nous pouvons nous alors nous servir des informations XFN qui lui sont associées pour déterminer si nous lui fournissons oui ou non des informations par XBEL et, si oui, quel niveau de filtre nous souhaitons appliquer.

Par exemple, s’il s’agit juste d’un collègue, je n’ai pas forcément envie de lui communiquer la liste des liens vers les sites des membres de ma famille. Ni forcément les liens vers mes amis. En tout cas, je souhaite pouvoir choisir les règles de base d’un tel échange. Mais la réciproque est également à considérer. Imaginons un instant que je souhaite agréger les nouvelles de mes amis en guise de portail “tribu” sur mon propre domaine (j’aurais bien glissé le terme “Planet” mais trop d’archéologie risque de tuer l’archéologie…). Il peut-être intéressant de laisser le cercle s’élargir par lui-même dans une certaine mesure, en récupérant et en synchronisant régulièrement les informations des “blogrolls” de mon premier cercle.

Vous voyez l’idée ?

Comme souvent, ça fait un peu de code à sortir. Ne serait-ce que pour valider l’idée. Sachant que je n’ai toujours pas pris le temps de nettoyer les CSS de ce site, ni de déployer les quelques développements embryonnaires qui commencent à prendre la poussière dans un coin de dépôt Git, tout cela risque bien de se terminer en énième vœu pieux et projet idiot avorté. À voir. En tout cas, je m’en serai laissé une trace quelque part.

Ça pourrait toujours servir…