La nature m’a fait la grâce de m’accorder très tôt tout un tas d’allergies. Avec les réactions plus ou moins sévères qui vont de pair. Évidemment. Sans cela, ce serait beaucoup moins drôle. Si bien que, gamin, j’ai rapidement pris un abonnement auprès des docteurs. Merci les crises d’asthme et les années d’un traitement de désensibilisation qui s’est avéré inefficace.

Au moment de la préadolescence, alors que ces petits tracas étaient somme toute sous contrôle, ce sont les petits accidents stupides qui ont pris la relève. Juste histoire que je ne perde pas de vue les messieurs en blanc. Chute en ski alpin, chutes en BMX, chute en vélo de route, mauvais “vautrage” au rugby, mauvaise réception sur mes appuis au tennis, etc. Beaucoup de morceaux y sont passés : clavicules, poignets, chevilles, genoux et une épaule gauche. Mais sorti de ça, plus trop de problèmes de santé.

Mon adolescence a été encore mieux lotie : un parfait calme plat. Rien à signaler. Jusqu’à ce beau jour de l’été ‘86 où le destin a voulu savoir si je pouvais résister à la chute d’une palette de tuiles. Réponse : oui. Bien sûr, j’ai tout de même dû compléter l’inventaire des morceaux endommagés avec une mâchoire, une lèvre et des dizaines de points de suture principalement sur le crâne et quelques broutilles diverses. Malgré tous les hommes en blancs croisés pendant cette relativement courte période, la santé allait.

Jeune adulte, tout cela s’est prodigieusement calmé. Une santé en béton qui ne laissait passer que les habituels rhumes et grippes en fonction des saisons et des virus. Tout cela géré d’une main de maitre par auto-médicamentation légère et ponctuelle. OK. J’avoue : je passe sous silence mes fichues migraines. Celles-là, je les dois vraisemblablement à ma rencontre fortuite avec mes amies les tuiles. Mais, hormis la neurologue consultée à l’époque, je me suis tenu loin de tout personnel médical sur ce sujet.

Et là, vous vous demandez bien où je veux en venir, à vous raconter ainsi ma petite vie.
Je vous comprends.
Je vais abréger.

Avec le temps, la seule nouvelle allergie que j’ai développé est celle de la blouse blanche. Mais est-ce vraiment une surprise ? Si bien qu’au cours de la petite vingtaine d’années qui s’est écoulée jusqu’à aujourd’hui, les seuls représentants blouse-blanchetés croisés se résumaient aux séances des visites médicales du travail. Autant dire que ça n’allait pas chercher trop loin.

Seulement voilà…

Cette paire de décennies est à ajouter au total de mon compteur. Pire, elle s’est accompagnée d’une sédentarisation indiscutable, d’une parfaite amnésie sportive et d’une hygiène de vie… euh… “déplorable” (ce triste qualificatif fera l’affaire). Et depuis le début de cette année, je me traine.

Je sens que ça craque un peu partout.
Ça s’essouffle.
Ça sature.
Ça tire.
Et, même, de plus en plus, ça aaaïïïïeuh.

Finalement…

Aujourd’hui, j’ai réussi à prendre un rendez-vous auprès d’une blouse blanche (quelle galère, d’ailleurs !).
Aujourd’hui, j’ai capitulé et je me sens vraiment un peu plus vieux.
Aujourd’hui, j’ai fini par admettre que je n’étais pas inoxydable.