Le train fend la brume matinale, signe d’un automne qui se tient sur le seuil de la porte. Une fois de plus, je suis en direction de Paris pour tenir un rôle que je ne supporte pas de jouer. Étant seul, au moins pour la première partie du trajet, je peux me retrancher dans ma bulle. Les oreillettes bien enfoncées, j’ai choisi d’écouter “OK Computer”’ de Radiohead. Ça fait maintenant de longs mois que je ne l’avais pas ressorti.

Le sentiment est étrange. Aujourd’hui, plus encore que d’habitude, j’ai l’impression d’être un autre. De m’observer de loin. Avec une curiosité à la fois amusée et triste. Je n’aime pas celui que je vois. Tout ce que j’apprécie chez cet autre se résume au silence dont il a la courtoisie de faire preuve.

La musique choisie n’y est sans doute pas pour rien. Ni cette satanée mémoire sélective. Elle me renvoie presque 20 ans en arrière. Ironiquement, elle me replace au moment-même où j’ai saisi qu’un pan de ma vie envisagée étant déjà en train de se fissurer. Signe d’un effondrement garanti. Simple question de temps.

La chute s’est bel et bien produite. Ça remonte à pas plus tard que ce week-end. Je le sondais régulièrement, ce pan. Je savais déjà qu’il sonnait si creux que le simple fait de le voir encore debout tenait du miracle. Je ne peux donc pas dire que j’ai été surpris. Il n’y a eu aucun fracas. Rien de plus qu’un trou. Un grand vide.

Un froid polaire.
Une douleur profonde.
Omniprésente, invisible et silencieuse.

Je vais devoir remonter le temps, même si mes années sont désormais comptées. Pour survivre. Il va me falloir reconstruire cette partie. Reprendre là où la première fissure est apparue. Pour comprendre. Pour ne pas risquer de me retrouver face à une telle situation, à nouveau.

Chercher dans le moindre recoin celui que je dois être.
Comprendre quelle est la source d’énergie qui me tient encore.
Y puiser ce qui me semble utile à ma survie.

Same player shoots again…