Je travaille dans une petite structure qui a comme règle de ne jamais fermer (hors week-ends et jours fériés, entendons-nous bien). On y prône donc la polyvalence (parfois exagérée) et nous essayons (tant bien que mal) de nous organiser de sorte que l’entreprise parait toujours fonctionner de la même manière. Même si l’on opère dans un mode légèrement dégradé.

Dans les faits, si peu terrible que cela soit, c’est tout de même assez fatigant. Les compétences au sein de notre petite équipe sont si disparates qu’il est régulièrement impossible d’avoir un véritable remplacement pour quelques fonctions. Certains d’entre nous se retrouvent donc sous le coup d’une astreinte, qui ne dit pas son nom et n’est donc ni reconnue ni valorisée comme telle, dès qu’ils prennent des congés.  Pas de chance pour moi : je fais partie de ce lot.

Ainsi, depuis que je suis à ce poste, mes périodes de congés n’ont jamais excédé deux semaines d’affilée. Un peu court pour vraiment ressentir une coupure. Il y a toutefois une contrepartie sympathique : disposer de jours de congés plus fréquemment. Car il faut bien finir par solder… Mais n’oublions pas cette histoire de vraie fausse (ou fausse vraie ?) astreinte : on conserve la fâcheuse habitude de vérifier régulièrement ses emails, les outils de monitoring et, parfois même, la boite vocale de son mobile professionnel. Ces journées de congé ne sont pas aussi revigorantes qu’elles le devraient. On garde donc un peu la tête dans le guidon, quand il ne s’agit pas carrément d’un bocal.

Au tout début de l’année dernière, un départ a chamboulé un peu plus cette organisation. Là encore, rien de catastrophique, mais une charge de travail supplémentaire à se répartir à plusieurs, dans un domaine où aucun d’entre nous n’excelle vraiment, quand cela n’est pas contre nature. Nous avons tous pris sur nous et nous nous sommes adaptés. À la fin de cette année-là, nous avions pris nos nouvelles marques. Mais quelle dépense d’énergie et quel nouveau stress tout cela a introduit ! Insidieusement…

Cette même année, à l’approche de l’été, les choses se sont sérieusement compliquées au niveau de la gestion du foyer. Nous le pressentions depuis un moment, mais notre évaluation était mauvaise : la faiblesse de notre situation financière nous a un peu explosé au nez par surprise. Rien de bien méchant non plus ou qui ne soit pas gérable avec un léger coup de pouce du côté des banques, ce que mon CDI et le salaire associé pouvaient me laisser présager. J’ai découvert à quel point j’avais la mémoire courte et l’optimisme naïf. Pour faire court : ce n’est donc pas le doigt escompté que j’ai reçu.

Qu’à cela ne tienne. Là aussi, nous nous sommes adaptés. Une petite remise en question, un réajustement des priorités, un aménagement du calendrier des projets et nous revoilà désormais en bonne voie. Et ce malgré les mauvaises blagues de la vie, sauce loi de Murphy, je vous prie ! Au passage, nous en avons même profité pour mettre un nom sur notre relation : “PACS”. Ça nous a fait bizarre, mais nous devrions nous en remettre.

Évidemment, je me limite volontairement à mon quotidien direct. Quoi qu’il en soit, ces derniers mois m’ont donc bien occupé. Enfin… pas seulement.

Ils m’ont usé.

Je ne sais pas si je le dois à une supposée bonne étoile ou si je suis équipé, sans le savoir, d’un dispositif anti-débordement, mais une alarme s’est déclenchée à l’approche des fêtes de fin d’année. D’abord lointaine, elle s’est faite plus stridente en quelques jours, me hurlant “Tu vas imploser ! Tu vas imploser !” De fait, avec le recul actuel, je crois que je ne suis pas passé très loin d’une forme de burn-out.

Je ne m’explique pas ma réaction “salvatrice”. Elle n’a pas vraiment été consciente, à mon avis, et s’apparente plus à un instinct de survie que j’avais sans doute sous-estimé. J’ai commencé à me détacher. Il y a du bon et du moins bon à cela, surtout lorsque l’on n’est pas un champion des relations ni de la sociabilité. Mais ça m’a permis de relativiser. Ce qui ne m’était pas arrivé pendant tous ces longs mois et avait bien failli m’envoyer dans le décor.

Les mesures prises ne sont qu’une poignée de petites choses simples et bêtes :

  • me décider à mettre ce site en service, en piochant dans un vieux (et ambitieux) cahier des charges ;
  • poser des congés plusieurs mois à l’avance, afin de ne pas louper une belle occasion de bons moments ;
  • me rappeler une bonne fois pour toute que la boite pour laquelle je travaille désormais n’est pas la mienne ;
  • me dégager un peu de temps pour moi, et moi seul, aussi égoïste que cela puisse me paraitre ;
  • etc.

Ça se remplit tout doucement de morceaux de code et de projets Web. Il y aura aussi des photos et des textes pour tapisser mon quotidien. Ainsi que des potes et des amis sincères pour y remettre un peu de chaleur et de bonne humeur. D’ailleurs, une semaine de “colonie” en Bretagne aura fini par me remettre sur les rails et me rappeler qui j’étais et qui je veux être. 

J’entame désormais mon retour aux sources.