Depuis maintenant 3 ans, je travaille à temps partiel comme responsable informatique et coordinateur d’une offre de services hébergés. Ce quotidien-là est peuplé de machines virtuelles, de ressources mutualisées et de métriques destinées à l’estimation de la bonne position du curseur entre nos achats de ressources et leurs reventes. Les applications mises en œuvre au sein de nos services ne nous permettent pas encore d’envisager une élasticité poussée, je dois donc faire avec cette grosse contrainte. Mais il faut également que je tempère ma direction et nos commerciaux, prompts à dégainer le terme « cloud » à tour de bras.

La contrepartie du confort social de cette activité salariée est qu’elle empiète de plus en plus sur mon autre activité professionnelle en free-lance basée essentiellement, elle, sur les technologies Web. Pour cette activité-là, je loue une petite poignée de serveurs dédiés auprès de différents fournisseurs. Là aussi, je dois faire la part des choses entre l’achat, mes propres besoins de fonctionnement et la revente. Fort logiquement, cette année encore, je vais revoir tout ce beau monde à la baisse afin d’adapter convenablement la voilure.

Pour ces deux activités et ma “production” personnelle, j’ai recours à plusieurs équipements : smartphone, tablette et 2 ordinateurs portables (Mac et PC). Mais je ne pense pas être victime de la fameuse “obsolescence programmée” si médiatisée en ce moment. Si mon smartphone et mon PC n’ont qu’à peine plus d’un an, la tablette en affiche déjà 2 au compteur et le Mac plus de 6. Cette panoplie m’offre une flotte assez équilibrée pour l’ensemble de mes tâches quotidiennes. En général.

Mais en y regardant de plus près, on est loin d’un fleuve tranquille. Je peux éprouver un manque de moyens lorsque je traite mes photos, que j’envisage de me mettre à la modélisation 3D, ou que je travaille sur un projet demandant la consultation de documents aux formats divers et l’utilisation de plusieurs outils et applications en simultané (ou presque). Tout comme le reste du temps je peux ressentir une impression de gaspillage devant cette petite débauche de ressources matérielles qui sommeillent. J’envie parfois ceux qui disposent de plus. Je plains souvent ceux qui ont moins, voire n’ont pas.

Une fois de plus, le souci est dans l’élasticité, la mutualisation et le partage de ces capacités de traitement. Et, pour l’heure, je n’ai pas encore trouvé de solution satisfaisante à cette problématique. Evidemment, il y a déjà des éléments de réponses avec des offres telles que les services Amazon, Rackspace ou autres VPS chez Gandi. Mais elles sont majoritairement typées “serveurs” et, surtout, s’inscrivent dans la cadre d’une relation contractuelle et commerciale. Et si ces offres peuvent éventuellement répondre aux besoins ponctuels de capacité supplémentaire, il reste à résoudre l’autre partie de l’équation : comment mettre à disposition d’autrui l’excédent de capacité de mon équipement ?

Il existe bien le moyen de participer à des tâches distribuées particulièrement gourmandes en ressources. Un peu comme je ferais des dons en numéraire aux Restos du coeur ou au Téléthon, par exemple, je pourrais faire le don de quelques MIPS au service d’organisations oeuvrant pour la recherche (vie extraterrestre, maladies orphelines, cryptographie, etc.). Mais comment puis-je fournir des ressources à mon comparse, de manière simple, pour des besoins plus génériques et tout cela en préservant au mieux la sécurité de mon environnement informatique ? Avec les protocoles p2p, les messageries inter-applicatives, les webservices et autres API qui existent déjà, n’y aurait-il pas la possibilité de créer “Le Cloud, le vrai” ?

Celui où l’on ne lierait plus seulement des données et des espaces de stockages, mais des processus et des unités de traitement. Où tout un chacun pourrait mettre à disposition une part de ses équipements dormants et profiter en contrepartie du surplus de capacité d’autrui en cas de besoin.

Bien entendu, les composants de la solution se devraient d’être opensource et libres. Ce n’est pas qu’une question d’idéologie, mais avant tout de confiance par la transparence.

Le seul contrat en vigueur devrait être moral et social, en acceptant de fournir sans attendre une parfaite réciprocité quantitative. La relation serait alors communautaire, de pair à pair, basée sur l’autorégulation et sur une notion de bien commun venant s’ajouter et non se substituer au bien propre de chacun.

C’est sans doute un peu de l’utopie. De cette même utopie qui a peut-être bien nourri l’Internet que nous connaissons déjà, d’ailleurs. Et dans une certaine mesure, cela pourrait également nourrir la prochaine vague de l’Internet des Objets.

Mais alors, qu’attendons-nous pour nous y (re)mettre ?