On me demande régulièrement si j’ai « arrêté » la photographie et j’ai mis un moment à reconnaître que oui, c’est effectivement le cas. En fait il m’a fallu prendre conscience de la nécessité de sortir d’une scène pour pouvoir la saisir. Le photographe devient observateur, presque étranger au moment immortalisé. S’il y a certains avantages à pouvoir s’en extraire, il reste un petit goût amer : celui de ne pas l’avoir vécu pleinement. Celui de s’être concentré sur l’image au détriment des émotions personnelles.

David Larlet - “Photographie et exclusion”

Au premier abord, le constat de David m’a interpelé et surpris. Après quelques jours à y réfléchir, il ne me surprend plus vraiment. Il vient compléter mon opinion : lorsqu’elle n’est pas pratiquée à titre professionnel, la relation que nous entretenons avec la photographie tient quasiment de l’intime. En cela, nous devons sans doute tous avoir une approche différente, bien que paraissant commune si l’on ne prend pas le temps de s’y arrêter.

Je ne suis pas photographe. Je ne fais même pas de photos : je me contente (d’essayer) d’en prendre. Autant vous avertir que je tiens tout particulièrement à cette distinction, et ce n’est pas par pur vice rhétorique.

L’envie de photographie m’a tenu compagnie depuis mon adolescence, je crois, sans que jamais je ne me l’explique ni ne franchisse le pas. Tout au plus ai-je tenté quelques clichés avec le reflex argentique d’un ami, il y a bien longtemps déjà. Mon jamais s’est terminé au début de l’automne 2009. L’arrivée d’un reflex numérique dans mon foyer venait de changer tout cela et je ne le savais pas encore.

Je me suis senti attiré par l’objet comme je ne l’avais été auparavant. Et je m’y suis rapidement retrouvé aimanté, d’ailleurs. Tout de suite, j’ai voulu faire quelques photos. Cette étape m’a permis de me rendre compte que les bases me seraient vite nécessaires. Mais elle m’a également révélé que cette démarche, “faire”, ne comblerait pas ma faim.

J’ai tout de même pratiqué. Un peu. Beaucoup. Et seul. Je me suis vite rendu compte que ça fonctionnait mieux lorsque j’étais seul. Il m’a ensuite fallu du temps pour comprendre et admettre : j’ai bien plus souvent besoin de prendre des photos que je n’ai envie d’en faire. C’est presque viscéral. Comme un nouvel instinct. En cela, mes photos ne sont pas très bonnes, pas très belles et remplies de défauts. Mais je les accepte. J’ai découvert qu’elles n’étaient que des photos de moi. J’en suis à la fois l’auteur et le sujet. Grâce à elles, déclenchement après déclenchement, à mon tour, je finirai par m’accepter.

Photographie prise à l'occasion de Charlottenborg Forårsudstillingen 2013.
L’œuvre représentée est Panoramas par l'artiste péruvien, installé à Amsterdam, Marco Pando.